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Moïse Katumbi à Kisangani : un discours nul
(Moïse Musangana)


Après des lignes rouges tracées et franchies et des consultations commencées au pays et poursuivies en Europe, la rentrée politique du chairman de «Ensemble» Moïse Katumbi Chapwe, par la ville de Kisangani, était des plus attendues. A part la procession dont il s’est offerte de l’aéroport de NGbaboka à la Place de la poste (Centre ville), cette messe politique n’a pas été marquée par une déclaration choc tant sur le plan du projet de société de son parti mosaïque ni sur le plan national quant à son appartenance à l’Union Sacrée de la Nation (USN) et à sa participation au Gouvernement. A partir de Kisangani, sur les terres de Lumumba, les Congolais ont eu droit à un discours somme toute nul. Un discours teinté de populisme sur le RAM, caractérisé par l’impuissance à se démarquer pour prendre son propre envol, un discours à propension identitaire et à vouloir se faire passer pour une honnête personne après la grosse averse de «Congo Hold up».


Quelle est l’idéologie politique de «Ensemble» ? Quel est son projet de société ? Quel est son programme politique à même de faire rêver les Congolais pour les années à venir après plus de 60 ans de gâchis d’indépendance, de déconstruction de l’Etat et de la Nation, de crétinisation du peuple congolais durant les 32 ans du mobutisme et 22 ans du kabilisme ? Aucune réponse à ces questions aussi bien fondamentales pour le parti Ensemble que le pays n’est venue du grand oral qui a eu lieu ce 20 décembre sur la Place de la poste à Kisangani. En lieu et place, le chairman Moïse Katumbi Chapwe s’est débiné en guise de populisme, par exemple, sur le RAM. Et cela en mentant le plus solennellement du monde.


En effet, fustigeant le RAM qu’il qualifie de taxe illégale qui en rajoute aux souffrances du peuple, le président de «Ensemble» a laissé attendre qu’il en a été victime, parce que coupé au cours d’un entretien téléphonique avec son épouse du fait que les unités lui ont été retirées. Quel bon mensonge ? Si le citoyen lambda qui charge au maximum 100 unités ressent l’effet RAM, ce n’est pas le cas de Moïse Katumbi Chapwe, dont les téléphones sont sans doute sous le régime de contrat avec les nombreuses maisons de téléphonie mobile au pays comme à l’étranger. Il ne charge pas les unités de 5 $ pour ressentir le préjudice si jamais les 7 $ annuels lui sont coupés du coup. C’est du populisme afin de se mettre en phase avec une population qui récrimine sur la question.

C’est aussi de la démagogie parce qu’il ne se limite qu’à dénoncer en lieu et place de prendre une position en tant que membre de la coalition au pouvoir. C’est enfin le manque de maîtrise de certains principes de la communication. A moins que le but ait été de soulever les populations ou d’entretenir une confusion pour se dérober de ses responsabilités en tant que partie prenante au Gouvernement.
Ensemble, un parti mosaïque
Avec «Ensemble», le chairman Moïse Katumbi Chapwe a joué beaucoup plus à l’arithmétique politique, la confondant ainsi au poids politique. Certes, on lui reconnaît des aptitudes quant à hisser au sommet du football africain, voire international, une équipe qui a pataugé, après des années de gloire, sur le gazon aussi sur le plan national que provincial. Mais, delà à transposer en politique certaines recettes qui ont marché dans le football, il y a un grand pont à jeter. En vue de requinquer le TP Mazembe, il a consenti des investissements en termes de pépinières, d’installation sportive, de motivation de joueurs et du staff technique, voire d’achat des joueurs sur le plan africain. En mettant ensemble plusieurs talents, déterminés et super motivés, regardant du reste dans une même direction pour plus de victoires, il y a eu des résultats au bout du compte. Le TP Mazembe a rayonné sur la planète football Afrique.


Ce n’est pas la même chose en politique. De manière arithmétique, «Ensemble», de par ses deux structures, G7 et AMK, compte 70 députés à l’Assemblée nationale. Mais en réalité, face aux enjeux, les 70 députés n’ont pas représenté un poids politique. Les uns et les autres n’ont pas regardé dans la même direction. Pour cause : «Ensemble» est un parti mosaïque. Chacun de partis membres a son idéologie, son projet de société et ses calculs. A vrai dire, ils ne se sont jamais fondus en un seul. Chacun garde son cheval qu’il enfourche au gré de ses intérêts. C’est ce qui explique l’impuissance du chairman Moïse Katumbi Chapwe à se démarquer par rapport à l’USN. C’est pourquoi les différentes lignes rouges qu’il a tracées, et du reste franchies, n’ont jamais été suivies d’effets. Il est conscient que tous ses députés ne vont pas le suivre dans ses égarements.

L’expérience a été vécue avec la situation de la CENI qui a traduit son incohérence sur le plan de la démarche politique. On ne peut donc s’étonner qu’il dise à Kisangani que l’on n’est pas à l’USN pour tout cautionner. Dès le départ, il s’était piégé lui-même en inversant la logique : tracer la ligne rouge à ne pas franchir avant de consulter. Peut-on commencer en aval pour terminer en amont ? C’est cela la méthode Moïse Katumbi. Il n’y aura donc jamais des résultats de ses consultations en RDC comme à l’étranger. Ses lieutenants à l’Assemblée nationale ont démontré que l’arithmétique politique n’équivaut pas au poids politique.


Judas, dixit Joseph Kabila
A Kisangani, le chairman Moïse Katumbi a lancé un appel pour voir des dirigeants honnêtes prendre les commandes du pays. Cet appel vaut son pesant d’or avec la corruption qui a été érigée en système de gestion et qui continue à mettre à rude épreuve la fragile économie nationale. En son temps, le Prof Luzolo Bambi avait fustigé le fait que la RDC voyait voler en fumée 15 milliards USD chaque année sans ce que cela n’émeuve personne. Et les différentes enquêtes menées ces derniers temps, en l’occurrence «Congo Hold up», met à nu l’attitude criminelle des dirigeants et des hauts fonctionnaires de l’Etat qui ont rivalisé d’ardeur dans le pillage des ressources publiques.


Déjà en son temps, l’ancien président de la République Joseph Kabila avait qualifié le chairman Moïse Katumbi Chapwe de Judas. Sa déclaration sur vidéo, à l’occasion du départ de ce dernier en exil après ses déboires judiciaires au Katanga, a été diffusée le plus solennellement du monde. De manière globale, il avait déclaré : «Qu’il aille se promener avec l’argent qu’il a volé comme Judas». Est-ce des allégations de la part du président honoraire ? Il était aux affaires et savait de quoi il parlait. Les lettres ouvertes de l’avocat Muyambo sont explicites sur la manière dont le précité s’est enrichi. Et puis, malgré les démentis, «Congo Hold up» est venu mettre sur la place publique les pratiques affairistes qui ont laissé le Congo bredouille.
Dans tous les cas, le chairman Moïse Katumbi a fort à faire pour prouver qu’il peut être compté parmi ces dirigeants honnêtes dont le pays a besoin. Comme disait Etienne Tshisekedi à une certaine époque, quand les Congolais ont l’occasion de se voir ouvrir ses tirelires, ils ne doivent pas hésiter. On leur rend leur argent d’une autre manière. Mais, à eux de rester vigilants.


A Kisangani, je suis chez-moi
L’impression est tel que le fantôme Noël Tshiany, pourtant encore vivant, ne lâche pas d’une semelle le chairman Moïse Katumbi Chapwe. Il est obligé où qu’il se trouve de décliner son identité congolaise. Il l’a encore répété devant les Boyomaises et les Boyomais venus l’accueillir massivement ce 20 décembre. De mémoire, il n’y a personne qui nie la nationalité congolaise au président du TP Mazembe. C’est par contre lui-même, de manière inconsciente ou non, qui met la puce aux oreilles des Congolais. Voulant présenter dernièrement les autorités congolaises comme des antisémites ou désireux de faire voir au président Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo qui revenait d’une visite en Israël que lui était très introduit dans ce pays-là, il a, rendant hommage aux victimes de l’holocauste à Auschwitz, laissé entendre que ses grands parents y étaient enterrés.


Alors, aux termes de la loi congolaise, s’il est connu que son père est Juif grec, lui peut être Congolais de par sa mère. Le cas échéant, il peut être naturalisé. De deux choses l’une. Ce n’est pas parce qu’il est né au Congo et que l’aide accoucheuse qui l’a vu venir au mode existe encore qu’il est automatiquement congolais. Sur ce, son frère ainé, Raphaël Katebe Katoto, a dérouté plus d’un Congolais dans une déclaration sur RFI. De toutes les façons, la RDC se veut un pays de droit. Il revient au chairman Moïse Katumbi de trouver tous les jugements supplétifs possibles démontrant sa filiation. Il serait mieux que cela se fasse avant l’enrôlement des candidatures à la présidence de la République, de sorte à éviter ultérieurement les accusations du genre «on veut éliminer un candidat gênant, un poids lourd».


La grande gaffe du chairman Moïse Katumbi
Le chairman Moïse Katumbi Chapwe est en train d’être rattrapé par l’histoire. Obnubilé par l’accession à la magistrature suprême, il a commis une grande gaffe dans sa vie : son refus de devenir Premier ministre. Ayant trouvé dans l’offre lui faite par le président Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo un piège pour le brûler avec la présidentielle, il s’est piégé lui-même sans le savoir. En tant que Premier ministre, il aurait empêché beaucoup de choses de se réaliser parce qu’il aurait aussi l’initiative en sa qualité de deuxième tête de l’exécutif, et il aurait même pu disputer la majorité au Parlement au président de la République. C’est trop tard. Il n’a que ses yeux pour pleurer.


Il ne peut pas, tout en étant au Gouvernement, se comporter en opposant. Le socialiste français Chevènement disait : «Au Gouvernement, ça se tait ou sa démissionne». Et Nguz a Karl-Ibond de renchérir en son temps eu égard à Mgr Monsengwo, président de la CNS : «En politique c’est comme plonger dans une rivière. On ne peut y plonger et en sortir avec une soutane non mouillée». Si le chairman Moïse Katumbi Chapwe ne fait pas usage de ces sagesses, il manquera toujours de discours. Chercher à se désolidariser du président de la République vers la fin du mandat n’y changera rien.

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