A Uvira, au Sud-Kivu, la marche présentée comme un mouvement de soutien aux rebelles du M23-RDF suscite de vives interrogations. Selon plusieurs témoignages recueillis sur place, cette mobilisation n’aurait rien de spontané et se serait tenue dans un climat de menaces et de contraintes, sur fond de fortes pressions diplomatiques exercées contre le Rwanda.
Depuis la chute de la ville d’Uvira, Kigali fait face à une pression accrue de la communauté internationale. Des sources diplomatiques indiquent que Washington envisagerait des sanctions à l’encontre du Rwanda. L’ambassadrice des États-Unis en République démocratique du Congo, Lucy Tamlyn a, de son côté, affirmé que son pays entend « user de tous les moyens à sa disposition pour faire respecter les accords de paix de Washington ».
C’est dans ce contexte qu’une marche dite de soutien aux rebelles a été organisée à la hâte. Plusieurs habitants affirment avoir été contraints d’y prendre part.
« Hier soir, les chefs d’avenues sont passés de porte en porte. Ils ont demandé à tout le monde de rejoindre la manifestation, promettant la distribution de jetons. Celui qui n’aura pas ce jeton sera sévèrement sanctionné », témoigne un habitant d’Uvira sous couvert d’anonymat.
Une source locale, récemment ralliée à la rébellion, confirme l’existence d’un dispositif de mobilisation forcée. « Une délégation venue de Bukavu de l’AFC a tenu une réunion ce lundi dans la salle de la mairie d’Uvira. Les chefs d’avenues, chefs de quartiers et d’autres leaders communautaires y ont pris part. Deux décisions ont été arrêtées : l’organisation d’une marche de soutien au M23 pour la paix et la réconciliation, prévue mardi, et l’ordre donné à chaque chef de quartier de mobiliser les habitants de sa juridiction », affirme-t-elle.
Face à cette situation, la crainte grandit au sein de la population. Plusieurs sources redoutent que des représailles soient infligées aux personnes qui n’auraient pas pris part à la manifestation, accentuant ainsi un climat de peur dans une ville déjà éprouvée par l’insécurité.
Édouard Tshiama/Daniel Michombero