La Ville d’Uvira, au Sud-Kivu, a vécu une nuit et une matinée marquées par une forte détérioration de la situation sécuritaire, plongeant la population dans une psychose généralisée. Des affrontements, des mouvements militaires inhabituels et des actes de pillage ont été signalés dans plusieurs quartiers selon certains habitants contactés tandis que toutes les activités socio-économiques demeuraient paralysées vendredi à la mi-journée.
Selon plusieurs sources locales concordantes, des éléments de la coalition M23 appuyée par l’armée rwandaise (RDF) ont procédé, durant la nuit, au déplacement massif de matériels militaires depuis l’ancienne base de la MONUSCO située à Kahala, au nord de la ville d’Uvira. Ce mouvement s’est opéré dans un contexte de pression militaire accrue exercée par les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC).
Toujours d’après des témoins, deux vedettes rapides (speed boats) utilisées par les forces rwandaises ont été détruites lors d’une frappe aérienne attribuée aux FARDC, ciblant des positions rebelles dans la même zone. Une frappe qui aurait visé une base militaire de la coalition rebelle à Kaala, confirmant l’intensification des opérations militaires au nord de la ville.
Dans les quartiers résidentiels proches des zones d’affrontements, des habitants affirment que des éléments M23/RDF ont procédé à des pillages nocturnes, des motos et des véhicules privés ont été pillées. Certains hôtels ainsi que des maisons auparavant occupés par des autorités locales ont également été réquisitionnés par ces éléments armés.
À 12h30 locales, la ville était quasiment à l’arrêt. Les marchés, commerces, écoles et services publics sont restés fermés, tandis que la population se confinait à domicile. Des crépitements de balles sporadiques ont été entendus du côté du port public de Kalundu, renforçant la peur d’une reprise imminente des combats en pleine agglomération.
Ces nouveaux affrontements remettent en cause les déclarations faisant état d’un retrait des forces rwandaises et de leurs alliés de certaines zones du Sud-Kivu, notamment Makobola et les environs d’Uvira. Sur le terrain, plusieurs sources sécuritaires estiment qu’il s’agit plutôt d’un repli tactique sous la pression des FARDC, et non d’un retrait effectif.
Malgré la gravité de la situation, des voix locales soulignent l’engagement de militaires congolais et de forces alliées déterminées à défendre l’intégrité territoriale du pays, rappelant que la crise actuelle n’oppose pas des communautés, mais des forces armées à un État souverain.
En attendant une évolution de la situation, Uvira reste suspendue au rythme des affrontements, dans une atmosphère lourde d’incertitudes et de peur, tandis que la population civile paie une fois de plus le prix d’un conflit qui continue de se jouer au cœur des zones habitées.
Daniel M./Édouard Tshiama