L’Inspection générale des finances (IGF) entend moderniser son dispositif de contrôle des finances publiques en République démocratique du Congo. À Kinshasa, l’Inspecteur général chef des services a présenté les grandes orientations de la nouvelle stratégie de l’institution, fondée notamment sur la digitalisation, l’analyse des risques et le contrôle systémique. Cette réforme, inscrite dans l’horizon du plan triennal 2026-2028, vise à rendre le contrôle financier plus permanent, préventif et efficace.
Créée dans sa forme historique à la fin des années 1960, l’IGF occupe une place centrale dans le dispositif de contrôle administratif des finances publiques. Sa mission consiste notamment à vérifier la régularité de la gestion publique, à constater les éventuelles irrégularités, à établir les responsabilités et à formuler des recommandations à l’attention des autorités compétentes.
Selon l’Inspecteur général chef des services, la nouvelle stratégie est le fruit d’un diagnostic interne destiné à identifier les forces, faiblesses, opportunités et menaces auxquelles l’institution est confrontée. L’un des principaux constats concerne les limites d’un contrôle essentiellement ponctuel et manuel.
L’IGF veut désormais évoluer vers un contrôle permanent, rendu possible par l’exploitation des données numériques. L’objectif est de pouvoir suivre les opérations financières à distance, croiser les informations disponibles et détecter en amont les risques susceptibles d’affecter la gestion des ressources publiques.
Du contrôle de terrain au contrôle fondé sur les données
Cette évolution doit permettre aux inspecteurs de mieux préparer leurs interventions. Plutôt que de se rendre systématiquement sur le terrain pour recueillir les informations, l’institution entend exploiter les données disponibles dans les différents systèmes publics afin d’identifier au préalable les anomalies et les secteurs présentant les risques les plus importants.
Cette approche doit également permettre de cibler les missions de contrôle. L’intervention physique des inspecteurs pourrait ainsi être précédée par une analyse des données, avec l’objectif de gagner en rapidité et en efficacité.
Pour l’IGF, le véritable enjeu réside toutefois dans l’interconnexion des différents systèmes financiers de l’État. Les données étant réparties entre plusieurs administrations et plateformes, leur accès et leur croisement constituent encore un défi majeur.
L’institution ambitionne ainsi de mieux maîtriser les flux financiers qui traversent les différents sous-systèmes de l’État. Une meilleure circulation de l’information permettrait, selon l’IGF, d’identifier plus rapidement les risques et d’intervenir avant que certaines irrégularités ne produisent leurs effets.
Trois niveaux de contrôle
La nouvelle approche ne signifie pas l’abandon des mécanismes de contrôle existants. L’IGF entend plutôt les articuler autour de trois niveaux : le contrôle a priori, destiné à prévenir les irrégularités avant l’exécution des opérations ; le contrôle concomitant, exercé pendant leur réalisation ; et le contrôle a posteriori, qui intervient après la gestion afin d’identifier les irrégularités et d’établir les responsabilités.
Cette évolution intervient après plusieurs années marquées par la visibilité des patrouilles financières. Selon l’IGF, ces opérations ont permis d’obtenir des résultats, mais leur caractère essentiellement ponctuel et leur déploiement sur le terrain ne permettaient pas de couvrir l’ensemble des opérations financières de l’État.
La digitalisation doit donc permettre de dépasser cette contrainte. Avec un effectif et des moyens nécessairement limités, l’IGF estime que l’exploitation des données peut lui permettre d’étendre son champ d’observation sans multiplier les déplacements sur le terrain.
L’IGF ne prononce pas directement les sanctions
L’Inspecteur général chef des services a également clarifié la question des suites réservées aux rapports de contrôle. L’IGF constate les faits, établit les responsabilités et produit des rapports. Elle ne se substitue pas aux autorités habilitées à prononcer les sanctions.
Les suites peuvent relever de différents niveaux de responsabilité, notamment administrative, politique ou judiciaire, selon la nature des faits constatés et les compétences des institutions concernées.
Cette distinction s’inscrit dans l’architecture globale du contrôle des finances publiques en RDC, qui comprend notamment les contrôles administratifs, les contrôles juridictionnels exercés par la Cour des comptes ainsi que d’autres mécanismes de contrôle.
Une réforme inscrite dans le plan 2026-2028
Pour concrétiser cette transformation, l’IGF compte s’appuyer sur son plan triennal 2026-2028. La connexion progressive aux plateformes numériques de l’État, l’exploitation des données financières et la modernisation des outils de travail figurent parmi les axes de cette transformation.
L’enjeu dépasse ainsi la seule modernisation technologique. Pour l’Inspection générale des finances, il s’agit surtout de faire évoluer la culture du contrôle : passer d’une logique principalement réactive à une approche davantage préventive, fondée sur les données, l’analyse des risques et l’intervention ciblée.
À terme, l’ambition affichée est de permettre à l’IGF de mieux accompagner l’amélioration de la gouvernance financière de l’État, tout en renforçant la capacité des pouvoirs publics à prévenir les irrégularités et à protéger les ressources publiques.
Christian La Grâce LIOLYA