Le ministre des Finances, Doudou Fwamba, oppose les chiffres de la gestion économique de la RDC entre 2001 et 2019 aux arguments de l’ancien président Joseph Kabila, tout en défendant la politique d’endettement et de financement des infrastructures menée sous Félix Tshisekedi.
La polémique autour de la gestion de la dette publique en République démocratique du Congo (RDC) prend une nouvelle tournure. Dans une réplique aux récentes déclarations de l’ancien président Joseph Kabila, le ministre des Finances, Doudou Fwamba, a défendu la stratégie économique du gouvernement actuel, tout en remettant en question l’héritage laissé par les dix-huit années de pouvoir de son prédécesseur.
Pour le ministre, la gestion de la dette ne doit pas se limiter à la réduction des engagements financiers de l’État. Elle doit également permettre de mobiliser des ressources pour financer les infrastructures et les priorités nationales, sans compromettre la capacité du pays à honorer ses obligations. Il présente cette approche comme un choix stratégique visant à concilier investissements publics et soutenabilité de la dette.
A l’appui de son argumentation, Doudou Fwamba évoque le niveau d’endettement de la RDC, qu’il situe à moins de 20 % du produit intérieur brut (PIB), contre une moyenne de 60 % pour les pays d’Afrique subsaharienne. Sur cette base, il conteste l’idée selon laquelle l’endettement congolais constituerait, à lui seul, un fardeau pour l’économie nationale.
Le ministre estime que l’appréciation de la dette doit tenir compte de son utilisation, des capacités de remboursement de l’État et des investissements qu’elle permet de réaliser. Il considère ainsi que les critiques formulées contre la politique d’endettement du gouvernement manquent de pertinence lorsqu’elles ne prennent pas en compte ces différents paramètres.
Doudou Fwamba remet en question l’héritage économique de Joseph Kabila
La réplique du ministre des Finances ne s’arrête pas à la question de la dette. Elle s’attaque également au bilan économique de l’ancien chef de l’État, au pouvoir de 2001 à 2019.
Doudou Fwamba rappelle qu’à la fin de cette période, la RDC disposait d’un PIB nominal d’environ 50 milliards de dollars américains, de réserves de change évaluées à 1,3 milliard de dollars et d’un budget national de l’ordre de 4 milliards de dollars. Il évoque également un déficit du compte courant représentant 3,2 % du PIB, ainsi que l’absence d’accès aux marchés internationaux de capitaux et de programme avec le Fonds monétaire international (FMI), situation qu’il attribue aux insuffisances de gouvernance et au manque de transparence de l’époque.
A travers ces indicateurs, le ministre entend relativiser les critiques formulées par Joseph Kabila sur la situation économique actuelle. Il estime que l’ancien président ne peut évoquer les difficultés du présent sans que son propre bilan soit également soumis à l’examen.
Le ton employé dans sa déclaration traduit une confrontation politique directe. Doudou Fwamba accuse son interlocuteur de minimiser les réalités économiques de la période durant laquelle il dirigeait le pays, estimant que le débat sur la gestion actuelle devrait aussi intégrer les résultats enregistrés avant 2019.
Gratuité de l’enseignement, maternité et infrastructures au cœur de la riposte
Sur le terrain social, le ministre des Finances oppose également les politiques mises en œuvre sous Félix Tshisekedi à la situation qui prévalait avant son accession au pouvoir.
Il cite notamment la gratuité de l’enseignement primaire et celle de la maternité, ainsi que les dispositifs de couverture sanitaire destinés à certaines catégories professionnelles, dont les professeurs d’université et les magistrats. Il met également en avant les réalisations en matière d’infrastructures, affirmant qu’aucune université moderne n’avait été construite durant les dix-huit années de la présidence Kabila et qu’aucune nouvelle piste d’atterrissage ni aucun bâtiment administratif territorial n’avaient été réalisés dans les conditions qu’il décrit.
Le ministre mentionne aussi plusieurs villes, notamment Isiro, Bunia, Kananga, Kikwit et Buta, pour illustrer les insuffisances routières qu’il reproche à l’ancienne administration.
Ces éléments constituent le cœur de son argumentaire : selon lui, l’évaluation de la gouvernance économique ne peut se limiter aux chiffres de la dette ou aux équilibres budgétaires. Elle doit aussi mesurer les effets des politiques publiques sur l’accès aux services sociaux, la modernisation des infrastructures et les conditions de vie de la population.
Doudou Fwamba présente ainsi la RDC de 2026 comme un pays engagé dans une transformation économique et sociale, avec une économie qu’il décrit comme plus résiliente, davantage tournée vers la diversification et bénéficiant d’une crédibilité renforcée.
Le ministre appelle à l’unité nationale et au dialogue
Au-delà de cette confrontation autour du bilan économique, Doudou Fwamba a également lancé un appel à la participation de toutes les forces nationales au processus de dialogue annoncé. Il invite les Congolais, quelles que soient leurs divergences politiques, à prendre part aux discussions afin de préserver l’unité et l’intégrité territoriale du pays.
Son message s’adresse aussi aux groupes armés actifs dans l’est de la RDC. Il les exhorte à déposer les armes et à privilégier une solution pacifique, estimant que les désaccords politiques ne devraient jamais justifier la mort de compatriotes innocents.
En conclusion, le ministre réaffirme la volonté du gouvernement dirigé sous le leadership du président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo de poursuivre la reconstruction du pays et d’associer à cet effort tous ceux qui souhaitent contribuer au développement national.
Cette sortie médiatique illustre ainsi la persistance du débat entre l’ancien pouvoir et les autorités actuelles sur l’héritage économique de la RDC, la gestion de la dette et les résultats des politiques publiques. Au-delà des échanges politiques, l’enjeu reste celui de la capacité de l’État à transformer ses ressources en investissements durables, en services sociaux accessibles et en améliorations concrètes pour les Congolais.
DIKA