Accord RDC–Rwanda : une paix fragile, minée par les réalités du terrain

Le Collectif des journalistes et organisations des médias pour le suivi des accords de paix (COMOSA) dresse un constat sans détour : neuf mois après sa signature à Washington, l’accord de paix entre la RDC et le Rwanda peine à produire des effets concrets sur le terrain.

Présenté comme une avancée diplomatique majeure pour stabiliser la région des Grands Lacs, cet accord reposait sur des engagements sécuritaires, politiques et économiques ambitieux. Pourtant, selon le rapport couvrant la période du 17 juin 2025 au 2 mars 2026, la mise en œuvre globale n’atteint que 31 %, révélant un décalage profond entre les promesses et la réalité.

Des institutions en place… mais inefficaces

Sur le plan institutionnel, les mécanismes prévus ont bien été mis en place et fonctionnent formellement, avec un taux de réalisation estimé à 70 %. Réunions, comités et cadres de dialogue existent bel et bien.

Mais cette architecture montre rapidement ses limites : incapables de prévenir les crises majeures, ces structures apparaissent davantage consultatives que réellement contraignantes.

Sécurité : le maillon faible de l’accord

C’est sur le terrain sécuritaire que l’échec est le plus frappant. Avec seulement 20 % de mise en œuvre, la situation reste instable et préoccupante.

Le rapport pointe notamment :
• le retrait incomplet des troupes rwandaises ;
• la persistance des groupes armés comme le M23 ;
• des violations répétées du cessez-le-feu ;
• et surtout, la prise puis la libération de la ville d’Uvira, épisode qui a profondément fragilisé la confiance entre les parties.

A cela s’ajoute un tournant majeur : les sanctions américaines contre l’armée rwandaise, accusée de soutenir le M23. Une décision qui accentue la pression internationale et met en lumière les failles du processus.

Une coopération économique au point mort

Sur le plan économique, les ambitions de coopération régionale restent largement théoriques. Avec un taux de réalisation de seulement 15 %, aucun projet structurant n’a véritablement vu le jour.

L’insécurité persistante, aggravée par les tensions diplomatiques, freine les investissements et maintient un climat d’incertitude dans la région.

Un processus politique fragmenté

Entre Washington, Doha et Lomé, les initiatives de paix se multiplient… sans réelle coordination. Résultat : une cohérence politique affaiblie et une confiance mutuelle en chute libre, estimée à seulement 20 %.

Le dialogue avec le M23, pourtant crucial, reste fragile et sans avancée décisive vers un cessez-le-feu durable.

Une paix encore loin d’être acquise

Pour le COMOSA, le constat est clair : l’accord de Washington existe, mais il reste largement symbolique dans ses effets réels.

La paix durable dépend désormais de mesures urgentes :
• retrait effectif des forces étrangères ;
• neutralisation des groupes armés ;
• renforcement des mécanismes de contrôle ;
• et relance d’une coopération économique tangible.

Sans actions concrètes, rapides et vérifiables, le processus risque de perdre définitivement sa crédibilité.

Un tournant décisif pour la région

Malgré ses limites, l’accord RDC–Rwanda demeure une opportunité stratégique pour stabiliser l’Est du pays. Mais le temps joue contre lui.

Entre pressions internationales, tensions militaires et défiance politique, le processus entre dans une phase critique. Plus que jamais, la paix ne se jouera plus dans les accords signés… mais dans leur application réelle sur le terrain.

DIKA