L’émoi est vif dans l’opinion publique après l’incident survenu à l’hôpital de Kinkole, où le docteur David Balanganayi Kayembe est accusé d’avoir porté la main sur une femme en situation de vulnérabilité qui refusait de collaborer pour sa prise en charge. Un acte grave, inacceptable, qui heurte profondément les valeurs humaines et l’éthique médicale, mais jugée utile pour sauver deux vies, celle de la mère et du bébé. Oui, cette faute doit être reconnue. Oui, la justice doit faire son travail avec rigueur et impartialité. Mais au-delà de l’indignation légitime, une question plus large et inquiétante mérite aujourd’hui l’attention urgente des pouvoirs publics.
Car derrière ce dossier individuel se profile un danger collectif : celui de voir s’installer, dans le corps médical congolais, un climat de peur et de méfiance susceptible d’avoir des conséquences dramatiques sur la prise en charge des femmes enceintes. Ce qui provoquera des conséquences fâcheuses sur le programme du Gouvernement de la santé universelle qui consacre la gratuité de la maternité, vision du Chef de l’Etat, Président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo. Le corps médical risque de saboter ce programme une fois le Docteur David Balanganayi Kayembe mis en prison pour avoir sauvé des vies. Surtout lorsque l’on pense aux diverses femmes qui sont capricieuses dans les salles d’accouchement.
Dans un contexte où la République Démocratique du Congo s’est engagée dans une lutte acharnée pour réduire la mortalité maternelle, toute rupture de confiance entre les prestataires de soins et les patientes pourrait anéantir les efforts déjà consentis. Si certains professionnels de santé, par crainte de sanctions médiatiques, judiciaires ou politiques excessives, en viennent à éviter les situations jugées “à risque” — notamment les accouchements complexes — ce sont des milliers de vies qui pourraient être mises en péril.
Il est donc impératif que les autorités, notamment le Ministère de la Santé Publique, Hygiène et Prévoyance Sociale, adoptent une posture équilibrée. Une posture qui sanctionne les dérives individuelles sans fragiliser l’ensemble du système de santé. La justice doit être ferme, mais elle ne doit pas devenir un facteur de paralysie du personnel médical.
Ce dossier appelle également à une réflexion plus profonde sur les conditions de travail du personnel soignant en RDC : surcharge, stress, manque de moyens, absence d’encadrement psychologique, éducation à la santé des filles enceintes surtout en dehors du lariage… Autant de facteurs qui, sans jamais justifier la violence, peuvent expliquer certaines dérives et doivent être corrigés en amont.
En parallèle, il est essentiel de renforcer la formation éthique et la relation patient-médecin, afin de restaurer et consolider la confiance entre les communautés et les structures sanitaires.
L’affaire du docteur David Balanganayi ne doit donc pas être seulement un procès. Elle doit devenir un signal d’alarme et un point de départ pour des réformes structurelles responsables. Car protéger les patientes, c’est aussi protéger ceux qui les soignent.
Aujourd’hui, l’État est face à une responsabilité historique : rendre justice sans compromettre l’avenir des soins maternels en République Démocratique du Congo.
Serge Kimbila Mwanantumi