En République démocratique du Congo (RDC), la dépendance alimentaire est fréquemment imputée aux politiques publiques ou au poids des importations. Pourtant, elle résulte aussi de choix plus discrets, mais déterminants : ceux des consommateurs. Entre contraintes économiques, habitudes ancrées et perception du « local », le contenu du panier de courses des ménages influence directement l’avenir de la production nationale.
Dans un pays où l’économie reste tournée vers l’extérieur, la dépendance alimentaire demeure l’un des défis majeurs du développement économique du pays. Si le débat public se concentre généralement sur les décisions de l’État, la faiblesse des filières agricoles locales ou la domination des produits importés, un acteur central reste souvent en marge de l’analyse : le consommateur. Or, par ses choix quotidiens, celui-ci oriente la demande et, par ricochet, la structuration du marché.
Dans plusieurs marchés de Kinshasa comme dans les commerces de proximité, les décisions d’achat sont d’abord dictées par le pouvoir d’achat. Pour de nombreux Congolais, consommer local relève davantage de l’intention que d’une réelle possibilité. Gilbert Lumbala, 42 ans, le résume sans détour. « On parle de consommer local, outre l’absence d’une production locale, quand on arrive au marché ou en grande surface, on regarde d’abord le prix. Si le produit importé est moins cher, le choix est vite fait. Ce n’est pas un rejet du local, c’est une question de survie. », a -il déclaré.
Cette réalité place le citoyen dans une position ambivalente : conscient des enjeux d’autonomie alimentaire, il demeure prisonnier d’un système où l’importé est souvent plus accessible que le produit du terroir.
En vue de pallier durablement à la problématique de la vie chère et soutenir le pouvoir d’achat des ménages, les autorités Congolaises doivent engager une réforme structurante. Mettre en activité une centrale d’achat nationale. Cet outil stratégique visera à réguler les prix des denrées de première nécessité, à sécuriser l’approvisionnement et à structurer la distribution, tout en réduisant la dépendance aux fluctuations du marché international.
Au-delà de la contrainte financière, la dépendance alimentaire s’explique aussi par des habitudes de consommation profondément ancrées. Dans les marchés, les produits importés ont progressivement supplanté les produits locaux. Ivonne Nseya, commerçante, en fait le constat quotidien. « Les clients recherchent souvent ce qui vient de l’extérieur, même pour des produits que nous produisons ici.
Quand je propose du local, certains disent que ça se conserve moins bien ou que le goût a changé. Pourtant, ce sont des aliments que nous avons toujours consommés. », déplore-t-elle. Ce changement de perception complique davantage l’écoulement des productions locales et fragilise les agriculteurs.
Pour autant, la responsabilité de la dépendance alimentaire ne peut être imputée à un seul acteur. Pascal Manutano Madika, 56 ans, rappelle que la souveraineté alimentaire se joue aussi à l’échelle individuelle, « Ce n’est pas uniquement une affaire de politiques publiques. Elle se construit aussi dans le panier du consommateur ». En privilégiant l’importé, même par contrainte, le citoyen contribue involontairement à freiner l’essor des filières locales.
In fine, réduire la dépendance alimentaire en RDC suppose une approche globale et concertée. Si l’État, avec la mise en place de la centrale d’achat prévue pour avril 2026, s’engage à rendre le local plus compétitif et plus accessible, le consommateur doit également être reconnu comme un acteur clé de cette transformation. Au-delà d’un simple acte d’achat, consommer local relève d’un choix de société : celui de soutenir la production nationale et de poser les bases d’une souveraineté alimentaire durable pour le Gabon de demain.
Édouard Tshiama [reportage]