En République démocratique du Congo (RDC), le paiement de l’impôt demeure un sujet sensible, souvent entouré de méfiance et d’incompréhension. Si l’impôt constitue un pilier essentiel du financement de l’action publique, son acceptation par les citoyens reste étroitement liée à un facteur clé : la confiance. Or, cette confiance, aujourd’hui, apparaît fragile.
Pour de nombreux Congolais, s’acquitter de ses obligations fiscales n’est pas toujours perçu comme un acte citoyen volontaire, mais comme une contrainte imposée. « Le consentement à l’impôt repose sur la visibilité de l’action publique. Quand les citoyens ne voient pas de résultat tangible, le doute s’installe et le civisme fiscal faiblit », souligne Louis Watend, chercheur en Gestion des entreprises.
Cette perception s’explique en grande partie par la difficulté à établir un lien clair entre les impôts payés et les bénéfices concrets pour la population. Routes dégradées, accès inégal à l’eau potable et à l’électricité, difficultés dans le système de santé ou d’éducation. Autant de réalités qui nourrissent le doute quant à l’utilisation des recettes fiscales. « Payer ses impôts, oui, mais pour quoi faire ? Si on ne voit rien changer », déplore Samy Kankolongo, opérateur économique.
La transparence dans la gestion des finances publiques reste l’un des principaux défis. Beaucoup de citoyens ignorent à quoi servent précisément les taxes et impôts qu’ils paient, comment les budgets sont répartis et quels projets sont réellement financés par l’argent public. Cette opacité alimente une défiance persistante et affaiblit le consentement à l’impôt.
À cette problématique s’ajoute le sentiment d’une justice fiscale inégale. Les petits contribuables, notamment les salariés et les acteurs du secteur informel, ont souvent l’impression d’être davantage mis à contribution que certains opérateurs économiques plus puissants. Lorsque l’impôt semble peser davantage sur les mêmes catégories de citoyens, la confiance s’effrite et la tentation de l’évitement fiscal s’accroît. « Quand certains acteurs économiques échappent à l’impôt, le système paraît injuste et le civisme fiscal s’érode », explique Marc-Antoine Kabeya expert.
Le rapport conflictuel à l’impôt s’explique aussi par un déficit de pédagogie fiscale. Les notions liées à l’impôt, son rôle, son fonctionnement, ses impacts, sont encore mal connues du grand public. Sans explication claire et accessible, l’impôt reste perçu comme une charge abstraite, éloignée des préoccupations quotidiennes des citoyens. « L’équité fiscale doit être visible : c’est un levier essentiel pour restaurer la confiance des citoyens », renchérit Marc-Antoine Kabeya experte en Finances publiques.
Pour améliorer durablement le civisme fiscal en RDC, plusieurs leviers apparaissent indispensables. La transparence budgétaire doit être renforcée, à travers une communication régulière sur l’utilisation des recettes fiscales. Selon l’expert, la transparence fiscale commence dans la loi de Finances, qui indique en pourcentage comment l’État répartit les taxes collectées.
« Si, par exemple, l’impôt sur les revenus locatifs rapporte 22 milliards, le tableau peut préciser que 90 % vont aux collectivités locales et 10 % au budget général. Grâce à cette clé de répartition, le citoyen peut vérifier auprès de sa mairie ou de son conseil départemental que les fonds prévus ont bien été transférés et utilisés, ce qui facilite le suivi de l’usage de l’impôt et encourage un contrôle citoyen plus actif », a-t-il renchéri.
L’équité dans la collecte et les sanctions doit être visible et appliquée sans distinction. Ainsi, les citoyens pourront constater, dans leur vie quotidienne, les retombées positives de l’impôt sous forme de services publics efficaces.
Cependant en RDC, la confiance des citoyens vis-à-vis de l’impôt reste donc un chantier ouvert. Tant que le paiement des taxes n’est pas perçu comme un outil de développement collectif, mais comme une charge abstraite, le civisme fiscal restera fragile. Restaurer cette confiance implique une gestion transparente, équitable et visible des finances publiques, condition indispensable pour bâtir un système fiscal durable et efficace.
Édouard TM [Reportage]