Ils jalonnent plusieurs grandes artères de Kinshasa. Construits pour assurer l’évacuation des eaux de pluie et préserver la viabilité des chaussées, de nombreux caniveaux restent pourtant à ciel ouvert, sans dalles de protection. À première vue, ces ouvrages remplissent leur mission d’assainissement. Mais dans la pratique, ils constituent aussi un danger permanent pour les automobilistes, les motocyclistes et les piétons.
À la moindre inattention, à la suite d’une panne mécanique, d’une perte de contrôle ou d’une simple manœuvre d’évitement, un véhicule peut finir sa course dans ces ouvrages. Les risques sont encore plus élevés la nuit, en période de pluie ou lorsque la visibilité est réduite. Au-delà des dégâts matériels, ces accidents peuvent coûter des vies.
Le constat est tout aussi préoccupant sur certaines voies longeant des cours d’eau. Sur le boulevard Sendwe, aux abords de la rivière Kalamu notamment, plusieurs sections demeurent dépourvues de garde-fous, alors qu’elles sont quotidiennement empruntées par des milliers d’usagers. En cas d’embardée, les conséquences peuvent être dramatiques.
Au-delà de la sécurité routière, ces caniveaux ouverts favorisent également les dépôts anarchiques de déchets ménagers. Obstrués par les immondices, ils perdent progressivement leur capacité d’évacuation, aggravant les inondations lors des fortes pluies et accélérant la dégradation de la voirie. Un cercle vicieux qui affecte à la fois l’environnement, la mobilité urbaine et la sécurité des habitants.
Pour l’ingénieur Junior Katende, expert en bâtiment et travaux publics, le choix des caniveaux à ciel ouvert répond avant tout à une contrainte économique.
« Les caniveaux à ciel ouvert coûtent moins cher à réaliser, raison pour laquelle ils sont privilégiés dans plusieurs projets en RDC. Mais ils présentent des risques réels pour les usagers. Au moindre faux pas ou à la moindre perte de contrôle d’un véhicule, une personne peut se retrouver dans le caniveau. C’est ce qui explique certains drames que nous avons connus. Sur les grandes artères à forte circulation, il serait préférable de construire des caniveaux à ciel fermé. Les caniveaux ouverts peuvent être réservés aux voies secondaires. De la même manière, les routes aménagées le long des rivières ou des ravins devraient impérativement être équipées de garde-fous afin de protéger les usagers, » a proposé l’Ingénieur Junior Katende, expert en bâtiment et travaux publics.
L’actualité rappelle malheureusement l’urgence de cette réflexion. Ces derniers jours, un conducteur de moto-taxi a perdu la vie après avoir terminé sa course dans un caniveau ouvert, au terme d’une poursuite. Ce drame, qui s’ajoute à d’autres accidents enregistrés dans la capitale, illustre la vulnérabilité des usagers face à des infrastructures insuffisamment sécurisées.
Kinshasa change progressivement de visage. De nouvelles routes sont construites, les travaux d’assainissement se multiplient et la ville retrouve peu à peu une image plus moderne. Mais cette transformation ne pourra être pleinement réussie que si la sécurité des usagers est intégrée dès la conception des ouvrages. Car une infrastructure moderne ne se mesure pas uniquement à la qualité de son revêtement ou à la fluidité de la circulation ; elle se juge aussi à sa capacité à protéger la vie humaine. C’est sur ce chantier que les autorités publiques, les maîtres d’ouvrage et les acteurs des grands travaux sont aujourd’hui attendus.
Reportage | Par Édouard Tshiama Musasa