Elles sont les premières vitrines de la capitale. Les grandes artères de Kinshasa devraient refléter l’image d’une ville moderne, organisée et accueillante. Pourtant, le long de plusieurs axes, un autre spectacle s’impose : des trottoirs et des espaces publics progressivement transformés en zones de stockage, en carrières de sable ou de gravier, voire en ateliers improvisés.
Le phénomène est visible dans plusieurs communes de la capitale. Sur l’avenue des Huileries, notamment au croisement avec l’avenue Mahenge, des carrières de gravier et de résidus d’asphalte occupent les abords de la voie publique. Des camions-bennes y déversent régulièrement des matériaux destinés au tri et à la revente pour les besoins de la construction.
Un peu plus loin, avant la traversée des rails en direction de l’avenue Isoke, une autre carrière de sable s’est installée au bord de la chaussée. À chaque arrivée des camions chargés de matériaux, la circulation devient plus difficile. Les usagers sont contraints de contourner ces installations, tandis que les piétons, privés de leurs espaces de passage, se retrouvent parfois obligés d’emprunter la voie réservée aux véhicules.
Au-delà de ces deux sites, cette situation est devenue un phénomène récurrent dans plusieurs quartiers de Kinshasa. Des emprises publiques sont régulièrement occupées par des dépôts de matériaux de construction, des garages de fortune ou encore des activités commerciales qui empiètent sur les espaces destinés aux citoyens.
Dans une capitale où les grandes artères constituent la première image offerte aux visiteurs et aux habitants, ces occupations posent la question de l’organisation urbaine et de la préservation du cadre de vie.
Pour un expert en environnement interrogé sur cette problématique, sous couvert d’anonymat, cette situation traduirait une faiblesse dans le contrôle et l’application des règles d’occupation du domaine public.
« Il faudrait une réelle volonté des autorités pour faire respecter les normes. Lorsque des espaces publics sont occupés de manière irrégulière, cela donne l’impression d’une absence de contrôle. Il pourrait également exister des formes de tolérance ou de complaisance de la part de certains responsables », estime cet expert.
Sans accuser directement les autorités urbaines, ce constat interpelle néanmoins sur la nécessité d’une politique plus rigoureuse dans la gestion des espaces publics. L’organisation des activités liées au secteur de la construction, la réglementation des dépôts de matériaux et le contrôle des occupations anarchiques apparaissent comme des défis majeurs pour préserver l’image de Kinshasa.
Car une capitale ne se construit pas uniquement avec des infrastructures nouvelles. Elle se mesure aussi à travers l’ordre, la propreté et l’harmonie de ses espaces visibles au quotidien.
Reportage | Par Édouard TM