Le retrait filmé du M23 : une comédie orchestrée par Paul Kagame
Analyse de Joachim DIKA

Le prétendu retrait des rebelles de l’AFC/M23 de certaines zones de l’Est de la République démocratique du Congo n’est ni un hasard ni un geste de bonne foi. C’est une mise en scène. Et cette mise en scène porte une signature claire : celle du régime de Paul Kagame.

Il ne s’agit plus ici de soupçons ni d’allégations. Les faits sont têtus. Quelques jours seulement après la signature de l’accord de paix à Washington, censé ouvrir une nouvelle page diplomatique, le Rwanda, par le biais de ses supplétifs du M23, a relancé les hostilités, notamment avec l’attaque contre Uvira. Cette violation flagrante de l’accord démontre une chose : Kigali n’a jamais eu l’intention de respecter ses engagements.

Dès lors, comment croire à la sincérité d’un retrait quand les mêmes combattants prennent plaisir à se filmer, à se photographier et à diffuser eux-mêmes les images de leur soi-disant désengagement ? On ne se retire pas d’une guerre comme on tourne un clip. La paix ne se met pas en scène, elle se prouve par des actes concrets, vérifiables et durables.

Ce comportement révèle une arrogance assumée. Les rebelles de l’AFC/M23 se filment parce qu’ils se savent protégés, couverts et soutenus. Ils se filment pour provoquer, pour narguer les victimes congolaises et pour envoyer un message clair : nous contrôlons le tempo, nous décidons quand attaquer et quand faire semblant de partir.

À mon analyse, ce retrait médiatisé n’est rien d’autre qu’une opération de distraction stratégique, destinée à tromper la communauté internationale, à gagner du temps et à réorganiser les forces sur le terrain. Kagame utilise depuis des années la même méthode : signer des accords, calmer les pressions diplomatiques, puis reprendre les offensives sous couvert de groupes armés.

La République démocratique du Congo ne doit plus tomber dans ce piège. L’Est du pays ne peut pas continuer à être le théâtre d’un jeu cynique où les accords de paix sont violés sans conséquences, et où la souffrance des populations est reléguée au second plan.

Je le dis clairement : le problème de l’Est de la RDC a un centre de gravité bien identifié. Tant que la responsabilité du Rwanda ne sera pas assumée et sanctionnée au niveau international, les retraits filmés, les annonces creuses et les promesses diplomatiques resteront des illusions.

La paix ne reviendra pas en République démocratique du Congo à travers des retraits filmés, des accords violés ou des mises en scène médiatiques. Elle reviendra le jour où l’armée congolaise sera profondément réorganisée, renforcée et dotée d’un commandement rigoureux, capable de défendre efficacement l’intégrité territoriale.

Elle reviendra lorsque les Congolais prendront pleinement conscience de leur responsabilité collective, en cessant la complaisance, la peur et la manipulation, pour se lever et défendre leur nation avec détermination et dignité. Un peuple conscient est la première ligne de défense d’un État.

Enfin, la paix durable exige la sanction exemplaire de tous les traîtres, civils ou militaires, qui collaborent avec l’ennemi, vendent la patrie ou affaiblissent la résistance nationale de l’intérieur. Sans justice, il n’y aura jamais de paix ; sans discipline, il n’y aura jamais de sécurité.

La RDC n’a pas besoin d’illusions, mais de courage, de vérité et d’un sursaut national. C’est à ce prix, et à ce prix seulement, que l’Est du pays cessera d’être un champ de bataille permanent et redeviendra une terre de vie et d’espérance.

Joachim DIKA