Lettre ouverte à Monsieur Delly SESSANGA : Adresse de Sessanga aux Kasaïens :Leçon de morale ou amnésie politique ?Monsieur Delly Sessanga

Votre récente adresse aux Kasaïens relayée sur X par Jean Claude Vuemba se présente comme un appel à la maturité politique, à la hauteur de vue et au dépassement des réflexes identitaires. Sur le principe, l’intention pourrait sembler louable mais le problème, Monsieur Sessanga, n’est pas tant le discours mais celui qui le porte.

Car pour donner des leçons de responsabilité politique, encore faut-il avoir soi-même fait preuve, tout au long de son parcours, de constance, de cohérence, de retenue et de loyauté envers la République.

Vous reprochez aux Kasaïens de soutenir le Président de la République par réflexe tribal, comme si ce soutien était nécessairement aveugle, émotionnel et irrationnel. Cette lecture est non seulement réductrice, mais profondément condescendante. Elle nie une réalité pourtant observable : ce soutien repose aussi sur des faits concrets, visibles et mesurables.

Depuis quand le Grand Kasaï a-t-il connu un tel niveau d’investissements publics ?
Depuis quand des routes structurantes sont-elles construites ou réhabilitées, désenclavant des territoires historiquement marginalisés ?
Depuis quand voit-on des écoles, des universités, des infrastructures éducatives émerger ou être renforcées de manière significative ?
Depuis quand l’électricité atteint-elle des zones qui, pendant des décennies, n’avaient connu que l’obscurité et les promesses non tenues ?

Ces avancées, imparfaites certes, mais réelles, ne relèvent ni du mythe ni du tribalisme. Elles relèvent de politiques publiques effectives. Et surtout, elles contrastent fortement avec les périodes antérieures, y compris celles durant lesquelles vous étiez engagé politiquement aux côtés de forces qui ont privilégié l’aventure politique, parfois en marge des institutions républicaines, contribuant davantage à l’instabilité qu’à la construction nationale.

À cette époque-là, Monsieur Sessanga, le Kasaï ne peut objectivement vous attribuer ni routes structurantes, ni développement universitaire significatif, ni électrification, ni amélioration durable de ses conditions de vie. Ce constat n’est pas une attaque personnelle ; c’est un fait historique.

Vous parlez aujourd’hui de nation, mais votre trajectoire politique est marquée par des ruptures successives, des repositionnements fréquents et une instabilité idéologique qui interrogent votre légitimité à incarner la constance que vous exigez des autres. Vous parlez de maturité politique, mais vous éludez toute autocritique sur vos propres choix passés. Vous invoquez les valeurs, mais refusez d’assumer pleinement un bilan politique qui ne plaide ni pour l’exemplarité ni pour la continuité républicaine.

Les Kasaïens ne sont pas naïfs. Ils savent distinguer un soutien aveugle d’une reconnaissance fondée sur des résultats. Ils savent aussi qu’un leadership ne se mesure pas à la hauteur morale proclamée dans les discours, mais à l’impact réel des actions sur la vie des citoyens.

Soutenir aujourd’hui le Président Félix Tshisekedi ne signifie ni renoncer à l’esprit critique ni confondre loyauté politique et appartenance ethnique. Cela signifie reconnaître que, pour la première fois depuis longtemps, le Kasaï n’est plus une périphérie oubliée de la République. Cela signifie reconnaître que des réalisations tangibles existent là où, pendant des décennies — y compris sous les régimes que vous avez servis, soutenus ou accompagnés — il n’y avait que le vide, l’abandon et la marginalisation.

Vous n’êtes pas disqualifié pour critiquer le pouvoir. La critique est légitime en démocratie. Mais vous êtes disqualifié pour donner des leçons de maturité politique sans jamais interroger votre propre responsabilité historique. On ne peut pas appeler à l’élévation intellectuelle tout en pratiquant l’amnésie sélective. On ne peut pas dénoncer les réflexes identitaires en occultant les contextes, les faits et les trajectoires personnelles.

Les Kasaïens n’ont pas besoin de sermons. Ils ont besoin de vérité.
Ils n’ont pas besoin de moralistes tardifs. Ils ont besoin de bâtisseurs.
Ils n’ont pas besoin de trajectoires erratiques maquillées en vertu intellectuelle. Ils ont besoin de stabilité, de cohérence et de responsabilité.

Si maturité politique il doit y avoir, Monsieur Sessanga, qu’elle commence par l’humilité, la reconnaissance des faits et l’assomption sincère de son propre parcours.

Le Kasaï avance aujourd’hui plus qu’hier.
Et cette avancée ne doit rien aux aventures politiques d’hier, ni aux leçons moralisatrices d’aujourd’hui.

Veuillez agréer, Monsieur Sessanga, l’expression d’une interpellation citoyenne ferme, fondée sur la mémoire, les faits et l’attachement à la République.

Me Eddy BANTU NKONGOLO
Citoyen kasaïen conscient, attaché à la vérité historique, aux faits et à la République