MÉDIA : Liberté d’expression en RDC, un droit à l’épreuve d’une dérive sans autocensure ?

Fondamentalement un principe de toute démocratie, la liberté d’expression demeure, en République démocratique du Congo, un droit constitutionnel souvent évoqué, exercé, mais la pratique inquiète l’opinion. Si les textes garantissent à chaque citoyen la possibilité d’exprimer ses opinions, la réalité du terrain révèle un climat de libertinage loin de toute crainte, poussant de nombreux citoyens à la dérive de langage contre inconnu sans peur d’être justiciable.

Dans l’espace public et médiatique comme dans la sphère privée, l’expression d’une opinion divergente ou convergente soit-elle, la critique des institutions, la dénonciation de certaines pratiques ou simplement l’expression d’un désaccord sont devenus des actes de provocations. Cette situation contribue à installer un climat de méfiance où la parole devient une hanche de guerre sociale et interpersonnelle contre tout engagement citoyen.

Sur le plan juridique, la liberté d’expression est souvent inscrite dans les textes fondamentaux. Elle est présentée comme un droit inaliénable du citoyen. Cependant, l’écart entre la loi et la pratique demeure important. De nombreux citoyens estiment que s’exprimer librement demeure une obligation, cependant les bornes dans l’application de ce droit restent inaperçues.

Face à des sujets sensibles, la parole ne se mérite plus, mais se confisque au profit de faire allégeance à celui qui l’écoute. Conséquences : Propos dénigrants, parole fracassante, injures publiques, expression haineuse, sont la suite d’une parole prise sans mesure. Entre existence du droit et conditions réelles de son exercice dans un cadre légal, le champ profite à tous en lieu et place de créer dans le chef du citoyen la peur légitime de la parole publique.

L’absence d’une autocensure et l’inertie dans la poursuite des actes infra judiciaires nourrissent un sentiment de zèle et fragilisent l’État de droit dans un contexte communicationnel non seulement orienté ou structuré au niveau des différents organes, mais aussi empiété par les différentes prises de positions controverses aux conséquences sociétales.

L’essor des réseaux sociaux a ouvert de nouvelles possibilités d’expression, donnant la parole à ceux qui étaient auparavant marginalisés. Toutefois, cet espace numérique est aussi devenu un lieu de dépravation et de controverse. Les propos tenus en ligne peuvent être rapidement interprétés, sortis de leur contexte et entraîner des conséquences inattendues pour leurs auteurs.

Si la régulation du numérique est nécessaire pour lutter contre les dérives, elle soulève également la question des limites à ne pas franchir afin de préserver un espace d’expression libre et responsable. La liberté d’expression ne se limite pas à un droit individuel, elle est un outil collectif. Elle permet le contrôle citoyen, favorise la transparence et encourage la participation à la vie publique. Lorsqu’elle est déroutée , c’est l’ensemble du processus éducatif qui pourrait s’en trouver affecté.

Garantir ce droit implique non seulement des textes clairs, mais aussi une volonté politique et institutionnelle de réprimander le libertinage. Il s’agit de créer un climat où l’expression est perçue comme un droit au progrès, et non comme une liberté permissive. Cependant en RDC, c’est la pyramide renversée.

À l’heure où le pays aspire à un renouveau démocratique, la liberté d’expression doit être repensée comme un équilibre entre droits et responsabilités. Une société démocratique mature est celle où les citoyens peuvent non seulement s’exprimer sans peur, mais plutôt s’exprimer dans le respect des lois et des autres.

Analyse d’Édouard Tshiama