La commémoration des héros nationaux, Laurent-Désiré Kabila et Patrice Emery Lumumba, demeure un pilier symbolique majeur de l’histoire de la République démocratique du Congo (RDC). La reconnaissance officielle de ces dates par l’État s’inscrit légitimement dans une démarche de préservation et de transmission de la mémoire collective nationale.
Cependant, la multiplication des journées chômées et payées, surtout lorsqu’elles s’étendent sur plusieurs jours consécutifs, soulève de sérieuses préoccupations sur le plan économique. Dans un contexte déjà marqué par la fragilité du tissu entrepreneurial, ces interruptions prolongées d’activités pèsent lourdement sur de nombreuses entreprises, en particulier dans les secteurs privé, industriel et des services.
Pour ces structures, souvent confrontées à des marges limitées, chaque jour non travaillé représente une perte financière difficilement récupérable. Or, elles demeurent astreintes à honorer leurs obligations, notamment le paiement des salaires, sans toujours bénéficier de mesures d’accompagnement ou de mécanismes compensatoires adaptés.
Cette réalité met en évidence une tension persistante entre les exigences mémorielles et les contraintes économiques. Si l’État assume à juste titre son rôle en honorant les figures emblématiques de la nation, il apparaît nécessaire d’ouvrir une réflexion concertée avec les acteurs économiques et sociaux.
L’objectif serait d’adapter l’application des jours fériés aux réalités de certains secteurs stratégiques, afin d’en limiter les effets pervers. À défaut d’un tel ajustement, le risque est réel de fragiliser davantage des entreprises déjà sous pression, avec des répercussions directes sur l’emploi et, à terme, sur le pouvoir d’achat des travailleurs.
En définitive, honorer la mémoire nationale est un devoir, mais celui-ci gagnerait à s’inscrire dans une approche équilibrée, conciliant symboles historiques et viabilité économique durable.
Édouard Tshiama Musasa