En République démocratique du Congo, de nombreux enfants grandissent sans connaître leur père, et sont victimes d’un refus de paternité très souvent banalisé. Si la loi reconnaît les droits de l’enfant à la filiation et à la protection, la réalité sociale demeure bien différente. Entre silence familial, lenteurs judiciaires et tabous culturels, ce fléau moral continue de ronger la société congolaise dans l’indifférence générale.
Dans les quartiers populaires de Kinshasa, tout comme dans les villes de l’intérieur du pays, les témoignages se répètent : des mères abandonnées avec leurs enfants, des enfants sans reconnaissance légale, et des pères qui se dérobent à leurs responsabilités.
« Dès que j’ai dit à mon copain que j’étais enceinte de lui, il m’a clairement dit qu’il ne voulait pas de cet enfant et que je devais m’en débarrasser sinon il mettrait fin à notre relation » a déclaré Becky M., mère de famille.
Le refus de paternité, bien que rarement dénoncé, est un phénomène massif et douloureux. Au-delà du droit, le refus de paternité constitue une blessure morale profonde. Dans une société où la famille reste un pilier central, priver un enfant de son père, c’est aussi l’exclure d’une part de lui-même.
Pourtant, le Code de la famille congolais prévoit des dispositions claires en ce qui concerne le refus de paternité, car selon l’article 591 dudit code,
« Tout enfant zaïrois/congolais doit avoir un Père. Et nulle n’a le droit d’ignorer son enfant qu’il soit né dans le mariage ou hors mariage », a déclaré Me Charles Mushinzi, avocat au Barreau de Kinshasa/Matete sur les ondes de la Radio Okapi.
En cas de refus du père présumé, la mère peut saisir le tribunal pour établir la filiation par voie judiciaire. Le juge peut alors ordonner un test ADN, considéré comme preuve scientifique. Mais dans la pratique, ces procédures se heurtent à de nombreux obstacles : coût élevé des analyses, lenteurs administratives, et parfois même le refus de collaboration du père.
Dans la culture congolaise, évoquer un refus de paternité demeure un sujet tabou. Les familles préfèrent souvent régler la situation en interne, loin des tribunaux. Résultat : des enfants grandissent sans filiation légale, sans soutien financier, et parfois sans identité complète.
Face à ce fléau qui passe très souvent sous silence, il est impératif que de véritable campagne de sensibilisation nationale ainsi que des réformes des mécanismes judiciaires soient entrepris, car reconnaître un enfant ce n’est pas seulement un acte administratif, c’est un acte d’humanité.
Édouard Tshiama