RDC-Société : Le SMIG assure-t-il toujours une vie décente aux travailleurs congolais?

A Kinshasa comme dans d’autres villes du pays, une question revient de plus en plus dans les discussions quotidiennes des travailleurs : le Salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG) et le Revenu minimum mensuel (RMM) permettent-ils encore de vivre décemment en République démocratique du Congo (RDC) ? Face à la hausse du coût de la vie, la réponse semble, pour beaucoup, de plus en plus incertaine.

Selon la législation congolaise, le SMIG est fixé à 21.500 francs congolais par mois, c’est-à-dire le minimum légal en dessous duquel aucun salarié ne peut être rémunéré pour un travail à plein temps. Ce montant est en vigueur depuis plusieurs années et n’a pratiquement pas évolué, malgré l’inflation et l’augmentation notable du coût des biens de première nécessité dans le pays.

Kapita Oscar, agent de sécurité depuis plus d’une décennie, confie qu’une légère augmentation de salaire obtenue il y a quelques années n’a pas changé sa situation. « Aujourd’hui encore, mon salaire ne suffit pas à faire face aux dépenses imprévues ou aux soins médicaux », a-t-il déploré.

Du point de vue de certains experts, le SMIG, tel qu’il est défini aujourd’hui, est largement déconnecté du coût réel de la vie. « Ce montants n’a pas été révisé de manière significative depuis des années, alors que les prix des biens essentiels ont grimpé », explique Steve Atoto, économiste. Pour ce dernier, tant que le SMIG restera figé en deçà d’un seuil acceptable face à l’inflation, il continuera d’être perçu comme insuffisant. Pour de nombreux travailleurs congolais, travailler rime de plus en plus avec survie plutôt qu’avec autonomie et prospérité.

Au-delà des chiffres, cette situation soulève une question fondamentale : comment garantir aux travailleurs le droit à une vie décente ? Tant que le SMIG restera déconnecté de la réalité économique, le quotidien des salariés congolais continuera d’être rythmé par le stress, les arbitrages et la précarité.

Le véritable défi pour les décideurs politiques et économiques sera de réconcilier la législation sur les salaires minimums avec le coût réel de la vie, afin que le travail ne soit plus seulement un moyen de subsistance, mais une véritable voie vers une vie digne. Adapter les revenus minimaux au coût réel de la vie et assurer un accompagnement social pour les plus vulnérables : sans cela, travailler ne sera plus un moyen de s’épanouir, mais un simple exercice de survie.

Édouard TM