Sport-RDC : Quand l’immortel Lumumba s’invite à la CAN

Il est des événements dont la genèse continue de structurer durablement l’imaginaire collectif. La Coupe d’Afrique des Nations — CAN — en fait partie. Cette fête du football fut lancée en 1957, dans un contexte marqué par les luttes d’émancipation et l’affirmation des identités nationales africaines. La compétition s’est imposée comme un rendez-vous majeur du football continental. Près de sept décennies plus tard, la CAN en est à sa 35ᵉ édition, organisée au Royaume du Maroc, sous le règne de Sa Majesté Mohammed VI.

La Coupe d’Afrique des Nations Maroc 2025 s’impose, pour de nombreux observateurs, comme l’une des plus colorées de ces dernières éditions. Au-delà des performances sportives, la compétition a mis en lumière une forte dimension culturelle, marquée notamment par la présence de figures de l’humour africain et de la diaspora, des influenceurs de tous bords, contribuant à une atmosphère populaire et plurielle.

Parmi les faits marquants de cette CAN, un supporter des Léopards de la République démocratique du Congo —RDC— a particulièrement retenu l’attention des médias et du public. Connu sous le nom de « Lumumba Vea », il s’agit en réalité de Jean-Michel Kuka. Sa singularité ne tenait ni à des chants ni à des démonstrations bruyantes. Mais sa posture volontairement silencieuse et immobile, contrastant avec l’animation habituelle des tribunes est devenu l’une des images les plus marquantes.

Ce choix expressif a suscité un large intérêt médiatique. Plusieurs reportages et articles diffusés par des médias internationaux, dont France 24, RFI, BBC Afrique et Africa 24, ont mis en avant cette figure atypique. À travers cette attitude, Jean-Michel Kuka a illustré une autre forme de présence dans l’espace sportif, montrant que la sobriété et la retenue pouvaient, elles aussi, capter l’attention collective.

L’adoption de l’image de Patrice Emery Lumumba, sous la forme de sa statue sur la place échangeur a renforcé la portée symbolique de cette démarche. En janvier, mois de commémoration de l’assassinat du premier Premier Ministre congolais, figure historique de l’émancipation africaine. Cette référence a trouvé un écho particulier auprès d’une bonne partie du public, qui y a vu un rappel des valeurs de dignité, de courage et d’intégrité associées à ce personnage historique.

Bien que sous-estimés, les léopards de la République démocratique du Congo, ont tenu héroïquement leur promesse. Effondré lors de la débâcle historique face à l’Algerie en dernière minute de la prolongation du huitième de finale, il est revenu plus détendu lors des excuses publiques de la fédération Algérienne autour d’une provocation sarcastique de l’un des leurs.

Lorsque des rumeurs ont circulé autour d’une éventuelle prise en charge financière par les organisateurs de la compétition, Jean-Michel Kuka n’a pas tout de suite mordu l’hameçon. Il a finalement quitté le Maroc ce jeudi 08 janvier 2025 avec le groupe des supporters congolais pour regagner Kinshasa, avec une promesse de rencontrer le premier sportif congolais avant de retourner au Maroc pour assister à la finale.

Ce choix, bien que critiqué par plusieurs y voyant déjà une opportunité d’épanouissement, semble corroborer à une volonté de préserver la cohérence symbolique de sa démarche de valorisation du patrimoine public. Dans un contexte où les grandes compétitions sportives sont de plus en plus marquées par l’hypermédiatisation et la commercialisation des images, ce type de figure pose la question de l’usage du symbolique et du culturel dans le sport africain.

Certains analystes estiment que ces expressions devraient inspirer un nouveau style de symbolisme créatif. Notre héros devrait vraisemblablement conceptualiser et protéger son art en terme d’œuvre d’esprit. De manière encadrée, cette nouvelle catégorie d’art devaient être usités dans des initiatives culturelles ou mémorielles visant à valoriser des références historiques africaines, tout en faisant vivre ceux qui les incarnent.

Joseph Chris Ntumba