RDC : Quand l’inertie ministérielle devient un frein à l’action publique [Tribune d’Édouard Tshiama]

Dans toute démocratie fonctionnelle, le Conseil des Ministres constitue l’instance suprême de délibération et d’orientation de l’action gouvernementale. Les décisions qui y sont prises engagent l’État, mobilisent des ressources publiques et traduisent la vision politique du Chef de l’État. Pourtant, en République Démocratique du Congo, un constat préoccupant s’impose : des décisions dûment adoptées en Conseil des Ministres restent lettre morte, faute de suivi, de diligence et parfois de volonté au niveau de certains Ministères.

Il est de plus en plus difficile de comprendre, et encore moins de justifier, que des dossiers validés au plus haut niveau de l’exécutif soient bloqués pendant des mois, voire des années, dans les tiroirs de cabinets ministériels. Cette culture de l’inaction administrative, souvent maquillée en lourdeur procédurale, constitue en réalité un grave manquement au devoir de service public.

Refuser de traiter un dossier, retarder volontairement une signature, ignorer une instruction gouvernementale, ce n’est pas un simple dysfonctionnement bureaucratique : c’est une entrave directe à l’action de l’État, un sabotage silencieux des décisions publiques et, in fine, une trahison des attentes légitimes de la population congolaise.

Cette attitude malsaine relève parfois d’une désobéissance politique assumée. Certains Ministres, pour des raisons de rivalités personnelles, de calculs politiciens ou de conflits d’ego, choisissent de bouder les orientations du Chef de l’État. D’autres vont jusqu’à adopter une posture de résistance silencieuse, transformant leur fonction en instrument de sabotage institutionnel.

En refusant d’appliquer les décisions du Chef de l’Etat, ces responsables ne s’opposent pas seulement au Président de la République. Ils s’attaquent à l’autorité de l’État, à la cohérence de l’action publique et à la parole donnée au peuple congolais. Cette attitude affaiblit l’exécutif de l’intérieur et nourrit une perception dangereuse : celle d’un État fragmenté, où chaque Ministre agit selon ses intérêts, au mépris du mandat républicain qui lui a été confié.

Le Président Félix Tshisekedi a, à plusieurs reprises, affiché sa volonté de réforme, d’efficacité et de résultats. Mais aucune vision présidentielle, aussi ambitieuse soit-elle, ne peut produire d’effets si elle est neutralisée par l’inertie ou la résistance passive de certains membres du Gouvernement. Un Ministre n’est ni un obstacle, ni un contre-pouvoir informel à l’action collective : il est un exécutant politique responsable, tenu par une obligation de résultats.

Cette situation pose une question fondamentale : À quoi sert le Conseil des Ministres si ses décisions ne sont pas appliquées ?

À quoi sert un Gouvernement si certains de ses membres se comportent comme des centres de blocage plutôt que comme des moteurs d’action ?

Les conséquences de cette inertie sont lourdes : projets de développement retardés, financements perdus, partenaires découragés, populations privées de services essentiels, et surtout une érosion dangereuse de la crédibilité de l’État. Dans un pays qui aspire à la stabilité, à la croissance et à la justice sociale, ce luxe de l’immobilisme est tout simplement inacceptable.

Il est temps que la responsabilité politique cesse d’être un slogan et devienne une pratique. Les Ministres qui ne sont pas capables de traduire les décisions gouvernementales en actes concrets doivent soit se ressaisir, soit tirer les conséquences de leur incapacité. Gouverner, ce n’est pas occuper un fauteuil ; gouverner, c’est agir, décider et exécuter.

La RDC n’a pas besoin de Ministres spectateurs, encore moins de Ministres bloqueurs. Elle a besoin de serviteurs de l’État, conscients que chaque dossier ignoré est une promesse non tenue, et que chaque retard administratif est un coût humain, économique et social.

L’histoire politique est sévère avec les responsables qui confondent pouvoir et immobilisme. Le peuple congolais, lui, observe, juge et n’oublie pas.

Tribune d’Édouard Tshiama/Journaliste et Chercheur individuel