A Kinshasa, journalistes et décideurs posent les bases d’un front commun pour peser dans la bataille mondiale de l’information. À l’heure où les récits façonnent les rapports de force internationaux, Kinshasa se transforme en carrefour stratégique de la diplomatie médiatique. 

Le premier Forum médias RDC-Chine ne se contente pas de réunir professionnels de l’information : il acte une ambition claire, celle de bâtir un partenariat structuré entre deux États décidés à reprendre la main sur leur image et leurs narratifs.

Dès l’ouverture, le directeur général de l’Agence congolaise de presse, Bienvenu-Marie Bakumanya, donne le ton. 

« Un jour historique », insiste-t-il, évoquant « l’aboutissement d’une volonté commune » portée par les présidents Félix Tshisekedi et Xi Jinping.

Pour lui, ce forum matérialise une vision née lors de leur rencontre à Pékin en 2023, avec l’appui du gouvernement congolais dirigé par la Première ministre Judith Suminwa.

Au cœur de cette dynamique, un rapprochement inédit entre l’ACP et Xinhua. 

Les deux agences ont signé un protocole d’accord qui ouvre la voie à des échanges d’informations, des transferts de technologies et des projets éditoriaux conjoints. 

« Nous entrons de plain-pied dans des actions concrètes », assure Bakumanya, qui évoque déjà l’espoir d’un deuxième forum.

Médias-ponts et récit partagé

Côté chinois, le message est limpide : faire des médias de véritables passerelles. Le représentant de Xinhua voit dans ce forum «une grande dynamique » et appelle à « briser les barrières avec un récit nouveau »

Objectif : accompagner la modernisation de l’Afrique en s’appuyant sur un partage d’expertise, mais aussi sur la formation de jeunes journalistes appelés à travailler des deux côtés.

Dans cette logique, la coopération ne se limite plus à la diffusion de contenus. Elle s’inscrit dans une vision durable, avec la mise en place d’un mécanisme permanent d’échanges et de collaboration technologique.

La guerre de l’information en toile de fond

Pour le ministre de la Communication et des Médias, Patrick Muyaya Katembwe, l’enjeu est clairement géopolitique. 

« L’information est devenue un enjeu central de la gouvernance internationale », martèle-t-il. Dans un contexte de guerre informationnelle, les États se définissent désormais par l’image qu’ils projettent.

Face à la désinformation, Kinshasa revendique une ligne offensive : 

« répondre par la transparence et la force de la vérité »

Le porte-parole du gouvernement insiste sur le rôle structurant des médias publics dans la crédibilité des récits nationaux, tout en appelant à renforcer le fact-checking. 

« Aucun mensonge ne résiste durablement à la vérité », affirme-t-il, évoquant notamment les tensions narratives dans la région des Grands Lacs.

Au-delà du présent, le forum se veut tourné vers l’avenir. Intelligence artificielle, transformations numériques, nouveaux formats : autant de chantiers au cœur des discussions. Pour Patrick Muyaya Katembwe, l’expérience chinoise constitue un modèle dans une logique de partenariat « gagnant-gagnant ».

Souveraineté et responsabilité

Même tonalité du côté du ministre de la Justice, Guillaume Ngefa, qui inscrit cette initiative dans une coopération « séculaire » entre les deux pays. Mais il met en garde : 

sans maîtrise de l’information, pas de souveraineté. 

« Si les médias de notre pays n’ont pas le contrôle informationnel, nous perdons une partie de notre souveraineté », prévient-il.

Il appelle ainsi à des médias responsables, capables de contribuer à la paix, au développement et à la consolidation du narratif national, tout en dénonçant la corruption comme une « gangrène » qui freine le progrès.

Une feuille de route attendue

Au terme des échanges, les ambitions sont claires : structurer durablement cette coopération à travers une feuille de route concrète. En ligne de mire, la production d’une information « équilibrée et responsable », mais aussi la montée en puissance d’un axe médiatique sino-congolais capable de peser dans l’écosystème global.

Dans un monde saturé d’images et de récits concurrents, la RDC et la Chine entendent désormais écrire , ensemble , leur propre histoire.