Ituri : l’état de siège à l’épreuve du sang, l’urgence d’un sursaut national

Depuis plusieurs mois, le territoire de Bafwasende, aux confins de la province de l’Ituri, s’enfonce dans une spirale de violence inquiétante. Attaques répétées, villages incendiés, populations massacrées ou contraintes à l’exode : la région s’apparente désormais à un véritable couloir de la mort.

Pourtant, l’état de siège, instauré dans le but de restaurer l’autorité de l’État et de neutraliser les groupes armés, devait inverser cette dynamique. Mais sur le terrain, la réalité semble bien différente.

Un dispositif en perte d’efficacité ?

Une question cruciale s’impose aujourd’hui : l’état de siège est-il devenu inefficace ou assiste-t-on à un essoufflement stratégique face à la menace persistante des ADF/NALU ?

À son lancement, cette mesure exceptionnelle, confiant la gestion des provinces concernées aux autorités militaires, avait suscité de grands espoirs. Mais les résultats peinent à convaincre. Les massacres se poursuivent, les populations restent exposées et la peur s’installe durablement.

Cette situation met en lumière les limites de l’approche actuelle. Deux hypothèses se dégagent : soit les moyens déployés sont insuffisants, soit les stratégies adoptées ne correspondent plus à la mutation des groupes armés. Les ADF, notamment, se distinguent aujourd’hui par leur mobilité, leur imprévisibilité et leur enracinement local.

Une responsabilité partagée

Réduire cette crise à une seule responsabilité serait une erreur. Si l’exécutif provincial sous état de siège peut être critiqué pour un manque d’innovation stratégique, il convient également de reconnaître que la lutte contre les ADF dépasse largement le cadre provincial.

Il s’agit d’un défi sécuritaire complexe, aux ramifications régionales, nécessitant une coordination étroite entre les forces nationales, les services de renseignement et les partenaires internationaux.

Des pistes pour sortir de l’impasse

Face à cette situation alarmante, plusieurs solutions méritent d’être sérieusement envisagées :

  • Repenser la stratégie militaire
    Passer d’une posture défensive à une approche offensive ciblée, fondée sur le renseignement. La traque des réseaux logistiques et des complicités locales doit devenir prioritaire.
  • Renforcer le renseignement de proximité
    Impliquer les communautés locales dans le dispositif sécuritaire, à travers des mécanismes fiables et sécurisés. Elles sont souvent les premières à détecter les mouvements suspects.
  • Dépolitiser la gestion sécuritaire
    Garantir que les nominations et décisions reposent sur des critères de compétence et d’efficacité, loin de toute influence politique.
  • Assurer une réponse humanitaire urgente
    Les déplacés ont besoin de protection, de nourriture et de soins. Restaurer leur dignité doit être une priorité nationale.
  • Renforcer la coopération régionale
    Les ADF opérant au-delà des frontières, une collaboration étroite avec les pays voisins, notamment l’Ouganda, est indispensable.

Un appel au Gouvernement central

L’heure est grave. Le Gouvernement central est appelé à prendre pleinement la mesure de la situation en Ituri. Une implication forte, visible et coordonnée est indispensable.

Cela passe par une évaluation sans complaisance de l’état de siège, le déploiement de moyens supplémentaires et, surtout, une volonté politique ferme de mettre un terme à cette tragédie.

L’Ituri ne peut continuer à saigner dans l’indifférence. Chaque vie perdue est une blessure pour toute la Nation. Il est encore temps d’agir — mais l’heure n’est plus aux discours. Elle est aux décisions courageuses et aux actions concrètes.

Serge Kimbila