Dans l’intervalle d’une semaine, les présidents des Assemblées provinciales de la République démocratique du Congo tenteront de répondre à une question devenue centrale dans la gouvernance du pays : comment préserver le contrôle démocratique des institutions provinciales sans entretenir l’instabilité politique qui freine le développement des provinces ?
En ouvrant la troisième Conférence des présidents des Assemblées provinciales (COPAP 2026), le président du Sénat, Jean-Michel Sama Lukonde, n’a pas seulement lancé des travaux administratifs. Son intervention s’inscrit dans un contexte où la décentralisation, pourtant consacrée par la Constitution, continue de buter sur des crises institutionnelles récurrentes. Dans plusieurs provinces, les conflits entre Gouverneurs, Bureaux des Assemblées provinciales et députés ont souvent pris le pas sur les priorités de gouvernance, au point de paralyser le fonctionnement des institutions.
Ces dernières années, les motions de défiance, les motions de censure et les destitutions répétées sont devenues presque un mode de fonctionnement dans certaines provinces. Si ces mécanismes relèvent du contrôle parlementaire prévu par la Constitution, leur fréquence a parfois alimenté une instabilité chronique, avec des conséquences directes sur l’exécution des programmes publics et la continuité de l’action gouvernementale.
C’est dans ce contexte que le Ministère de l’Intérieur avait instauré un moratoire suspendant certaines initiatives parlementaires contre les exécutifs provinciaux. Une mesure exceptionnelle, justifiée par la nécessité de préserver la stabilité institutionnelle alors que le pays faisait face à l’aggravation de la guerre dans l’Est. La levée de ce moratoire replace aujourd’hui les Assemblées provinciales devant leurs responsabilités : exercer pleinement leur mission de contrôle, sans transformer les institutions en espaces de confrontation permanente.
Les travaux de la COPAP interviennent donc à un moment charnière. Les participants devront réfléchir aux mécanismes capables de prévenir les crises entre les Assemblées provinciales et les Gouvernements provinciaux, harmoniser les pratiques institutionnelles et renforcer les capacités des élus. L’enjeu dépasse les seules considérations politiques : il s’agit de restaurer la confiance dans les institutions provinciales, souvent fragilisées par des rivalités de pouvoir.
Le contexte national confère une dimension particulière à ces assises. À l’Est, l’insécurité continue de peser sur plusieurs provinces avec les violences attribuées à l’AFC/M23. À cette situation s’ajoute la résurgence de l’épidémie d’Ebola dans certaines parties de l’Ituri, du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Dans un tel environnement, les institutions provinciales sont appelées à faire preuve de cohésion et d’efficacité pour répondre aux attentes des populations.
En affirmant que le Sénat accompagnera la mise en œuvre des recommandations qui sortiront de cette conférence, Jean-Michel Sama Lukonde engage également son institution sur le terrain des résultats. Les conclusions de la COPAP seront attendues non pas pour leur portée déclarative, mais pour leur capacité à réduire durablement les crises qui rythment la vie politique provinciale.
Au-delà des discours, la véritable réussite de cette troisième COPAP se mesurera à la capacité des acteurs politiques de faire évoluer leurs pratiques. Car la décentralisation ne peut produire les effets attendus si les provinces demeurent enfermées dans une logique de conflits institutionnels permanents. La stabilité ne doit pas se construire au détriment du contrôle démocratique, tout comme le contrôle parlementaire ne devrait pas devenir un facteur de blocage de l’action publique. C’est dans cet équilibre que se joue désormais l’avenir de la gouvernance provinciale en République démocratique du Congo.
Par Édouard Tshiama