La République démocratique du Congo entend faire des partenariats public-privé (PPP) l’un des principaux leviers de son développement économique. Intervenant lors du Forum du Conseil des investisseurs français en Afrique (CIAN), organisé à Paris, le ministre d’État, ministre du Plan et de la Coordination de l’Aide au Développement, Guylain Nyembo Mbwizya, a présenté la stratégie gouvernementale visant à attirer davantage d’investissements privés, moderniser les infrastructures nationales et accélérer la transformation économique du pays à travers une réforme du cadre juridique des investissements.
Face aux investisseurs internationaux, le ministre a rappelé que les besoins de financement de la RDC dépassent largement les capacités budgétaires de l’État. Pour concrétiser les ambitions du Plan national stratégique de développement (PNSD), évalué à près de 100 milliards de dollars, le Gouvernement mise désormais sur une implication plus importante du secteur privé, à travers un cadre légal plus attractif, plus transparent et davantage adapté aux réalités économiques actuelles.
Dans cette perspective, Guylain Nyembo a annoncé la révision de la législation régissant les partenariats public-privé. Si une unité spécialisée fonctionne déjà depuis 2023 afin d’encadrer ces mécanismes, les autorités estiment qu’une actualisation de la loi est désormais indispensable afin d’offrir davantage de sécurité juridique aux investisseurs, de clarifier les procédures et de renforcer la confiance des partenaires économiques.
Au-delà des aspects financiers, le Gouvernement veut également faire des investissements étrangers un véritable moteur de transfert de compétences. Pour le ministre, chaque projet développé en RDC devra désormais contribuer à la formation des Congolais, au transfert des technologies et à l’amélioration du capital humain. L’objectif est de faire en sorte que les entreprises étrangères ne se limitent pas à exploiter les opportunités du marché congolais, mais participent durablement à la montée en compétences de la main-d’œuvre nationale.
Cette exigence devrait également être intégrée dans la prochaine réforme du Code des investissements. Guylain Nyembo a insisté sur la nécessité d’établir un partenariat « gagnant-gagnant », où les investisseurs réalisent leurs objectifs économiques tout en laissant un héritage durable au pays, notamment par la création d’emplois qualifiés, le développement des compétences locales et le partage des innovations technologiques.
Le ministre a également plaidé pour un meilleur équilibre entre investisseurs étrangers et opérateurs économiques nationaux. Si les mécanismes d’incitation fiscale demeurent nécessaires pour attirer les capitaux internationaux, ils devront également garantir une participation accrue des entreprises congolaises à la croissance économique. Selon lui, les avantages accordés aux investisseurs devront être accompagnés d’obligations précises concernant la réalisation effective des projets, le recours à la main-d’œuvre locale et les retombées économiques pour les communautés.
Évoquant les grandes priorités du Plan national stratégique de développement, Guylain Nyembo a présenté une vision articulée autour des infrastructures structurantes. L’énergie figure en tête des priorités afin de soutenir l’industrialisation, notamment dans le secteur minier où les besoins en électricité restent considérables pour favoriser la transformation locale des minerais.
Les infrastructures de transport constituent un autre pilier majeur de cette stratégie. Routes, corridors économiques, voies maritimes, infrastructures aéroportuaires et logistiques devront renforcer l’intégration du vaste territoire congolais, faciliter les échanges entre les provinces et connecter davantage la RDC aux marchés régionaux et internationaux. Le corridor de Lobito, les investissements dans les infrastructures portuaires ainsi que la modernisation de l’aéroport international de N’djili s’inscrivent dans cette dynamique.
Le Gouvernement mise également sur le développement du marché carbone grâce au projet du Couloir Vert Kivu-Kinshasa, présenté comme un instrument capable de mobiliser des financements innovants tout en valorisant le potentiel environnemental exceptionnel du pays. Avec près de 500 000 km² concernés, cette initiative devrait permettre à la RDC de consolider sa place parmi les principaux acteurs mondiaux de l’économie verte.
Autre projet stratégique : le développement du complexe hydroélectrique d’Inga. Le ministre a indiqué que les études préparatoires sont actuellement financées avec l’appui de partenaires internationaux et devraient aboutir prochainement. Au-delà de la production électrique, le projet prévoit la création d’un véritable écosystème économique comprenant une nouvelle ville, une université destinée à former les futurs ingénieurs ainsi que des milliers d’emplois directs et indirects.
La transformation numérique constitue également l’un des axes prioritaires de la stratégie gouvernementale. Le déploiement de la fibre optique sur l’ensemble du territoire vise à améliorer la connectivité, attirer les investissements technologiques et positionner progressivement la RDC comme un futur hub régional des données numériques, à l’heure où l’intelligence artificielle accroît les besoins mondiaux en infrastructures digitales.
À travers cet ambitieux programme, le Gouvernement entend faire de la République démocratique du Congo une plateforme régionale d’investissements, de logistique, d’industrialisation et d’innovation. Pour Guylain Nyembo, cette ambition repose sur un principe fondamental : construire des partenariats responsables, fondés sur le respect mutuel, la création de valeur partagée et l’amélioration durable des conditions de vie des populations congolaises.
Christian La Grace LIOLYA