RDC: DU PAYS EN CRISE AU PAYS QUI PRÉSIDE LE CONSEIL DE SÉCURITÉ DES NATIONS UNIES

A trois jours de la fin de sa présidence tournante du Conseil de sécurité des Nations unies, la République démocratique du Congo laisse derrière elle un mois de diplomatie intense. Si cette responsabilité n’accorde aucun pouvoir décisionnel supplémentaire, elle aura permis à Kinshasa de changer de posture sur la scène internationale : d’objet des débats, la RDC est devenue l’État qui les organise.

Pendant près de trois décennies, la République démocratique du Congo a comparu devant le Conseil de sécurité des Nations unies comme un pays au cœur des préoccupations internationales. Les guerres du Congo, les rébellions à répétition, les groupes armés, les sanctions internationales, les crises humanitaires dans l’Est ainsi que les mandats successifs de la MONUC puis de la MONUSCO ont longtemps rythmé les discussions de cette enceinte. En juillet 2026, le décor a changé. Pour la première fois depuis son entrée comme membre non permanent du Conseil de sécurité, la RDC a présidé les travaux de l’organe le plus influent des Nations unies en matière de paix et de sécurité. Une image forte : celle d’un pays qui ne se contente plus de subir les décisions du Conseil, mais qui en dirige les débats, fixe les priorités de l’agenda diplomatique et conduit les réunions.

Contrairement aux attentes de nombreux observateurs, Kinshasa n’a pas consacré l’ensemble de son mandat à la seule situation sécuritaire dans l’Est du pays. La diplomatie congolaise a choisi d’élargir les discussions à des enjeux de portée mondiale. Au centre de cette présidence figurait un thème majeur : la gouvernance des ressources naturelles. Pour la RDC, les minerais stratégiques ne constituent pas uniquement un levier de croissance économique ; exploités illicitement, ils alimentent également les conflits, fragilisent les États et compromettent la paix. Le message porté par Kinshasa était clair : protéger les ressources naturelles, c’est aussi protéger la paix mondiale.

Au-delà de cette thématique phare, la présidence congolaise a également mis en avant les violences sexuelles liées aux conflits, la protection des civils, le rôle des femmes dans la consolidation de la paix ainsi que le renforcement du multilatéralisme. En choisissant ces priorités, la RDC a cherché à faire évoluer le regard du Conseil de sécurité, en invitant la communauté internationale à s’intéresser non seulement aux conséquences militaires des conflits, mais également à leurs causes économiques, sociales et structurelles.

Au terme de ce mois de présidence, le principal résultat apparaît davantage politique que juridique. Une présidence tournante ne confère ni pouvoir de décision supplémentaire ni capacité d’imposer seule des résolutions. Les équilibres du Conseil demeurent soumis aux négociations entre les quinze membres et au droit de veto des cinq membres permanents. En revanche, la RDC aura réussi à inscrire durablement la gouvernance des ressources naturelles parmi les grands enjeux de sécurité internationale, donnant une visibilité nouvelle à une problématique qu’elle défend depuis plusieurs années.

L’héritage de cette présidence est avant tout diplomatique. Pour la première fois depuis longtemps, la République démocratique du Congo n’a pas seulement occupé les discussions comme un pays en crise ; elle s’est affirmée comme un État capable d’organiser les travaux du principal organe chargé de la paix mondiale, de proposer des priorités internationales, de conduire les échanges entre puissances aux intérêts parfois divergents et de porter une vision africaine des défis contemporains en matière de paix et de sécurité. Cette évolution de posture constitue sans doute le principal acquis de ce mois de juillet.

À trois jours de transmettre le marteau de la présidence au Danemark, le bilan apparaît contrasté mais globalement positif. Si les réalités sécuritaires sur le terrain demeurent inchangées et si aucune présidence mensuelle ne peut, à elle seule, transformer les rapports de force internationaux, la RDC aura exercé cette responsabilité sans incident majeur tout en imprimant sa marque sur l’agenda du Conseil de sécurité. Plus qu’un simple passage à la tête d’une institution, cette présidence restera comme le symbole d’une diplomatie congolaise désireuse de passer du statut d’État observé à celui d’État qui contribue à orienter les débats sur la paix et la sécurité internationales.

Christian La Grâce LIOLYA