A Kinshasa, le désordre qui caractérise certaines installations du réseau de distribution électrique ne relève plus d’un simple problème esthétique. Il constitue désormais une véritable préoccupation de sécurité publique. Dans plusieurs quartiers de la capitale, les images sont sans appel : câbles enchevêtrés, raccordements de fortune, conducteurs électriques exposés, poteaux endommagés et installations vieillissantes composent un paysage inquiétant qui expose quotidiennement les habitants à des risques majeurs.
Le constat est observé dans plusieurs communes de la ville. Autour de nombreux postes de distribution, les réseaux électriques semblent avoir subi, au fil des années, de multiples interventions qui ont progressivement fragilisé leur configuration initiale. Les branchements non conformes, les extensions improvisées et le manque d’entretien de certaines installations accentuent davantage cette situation.
À plusieurs endroits, des conducteurs électriques demeurent suspendus à faible hauteur ou reposent directement sur le sol, tandis que d’autres traversent des caniveaux ou se retrouvent enfouis sous les chaussées en béton à la suite des travaux de modernisation de la voirie. Une configuration qui complique les opérations de maintenance. En cas de panne, la localisation des câbles devient plus difficile, rallonge les délais d’intervention et ralentit parfois les travaux de réhabilitation des routes.
Cette réalité devient encore plus préoccupante pendant la saison des pluies. L’humidité, combinée aux surcharges du réseau, peut provoquer des échauffements, des courts-circuits, des étincelles, voire des ruptures de conducteurs. Ces incidents exposent directement les populations à des risques d’électrocution, d’incendie et de lourds dégâts matériels.
Face à cette situation, un ingénieur en électricité, qui a accepté de s’exprimer sous couvert d’anonymat, appelle les autorités compétentes et les gestionnaires du réseau à prendre des mesures urgentes avant l’arrivée des fortes pluies.
« Les autorités et les gestionnaires du réseau doivent agir avant que des drames ne surviennent. À l’approche de la saison des pluies, il est indispensable de remplacer les câbles et équipements défectueux par des matériels conformes aux normes techniques. Les raccordements anarchiques, les conducteurs exposés et les installations vieillissantes augmentent considérablement les risques de courts-circuits, d’électrocution et d’incendie. La sécurisation du réseau électrique doit devenir une priorité, car il s’agit avant tout de protéger des vies humaines et les biens des citoyens, » a-t-il fait savoir.
Au-delà des dangers immédiats, cette situation met également en lumière les défis liés à la planification urbaine et à la coordination entre les différents intervenants. Les travaux de voirie, les extensions du réseau électrique et les interventions techniques gagneraient à être mieux coordonnés afin d’éviter que les infrastructures ne deviennent, avec le temps, des sources permanentes de danger.
Face à ce constat, une action concertée des autorités sectorielles, des services techniques de l’État, des gestionnaires de la Société nationale d’électricité (SNEL) ainsi que des entreprises intervenant dans les travaux publics apparaît indispensable. La remise en conformité des installations, le remplacement des équipements défectueux, la sécurisation des postes de distribution et le contrôle rigoureux des raccordements doivent désormais constituer une priorité.
La population est également appelée à jouer sa partition. Les branchements clandestins, les raccordements improvisés et les manipulations non autorisées fragilisent davantage un réseau déjà fortement sollicité. Le respect des normes de sécurité et la dénonciation des pratiques dangereuses demeurent essentiels pour prévenir les accidents.
À l’heure où Kinshasa poursuit sa modernisation et investit dans ses infrastructures, la sécurisation du réseau de distribution électrique ne peut plus attendre. Au-delà de la qualité du service, c’est la protection des vies humaines qui est en jeu. L’interpellation est donc lancée aux autorités, aux gestionnaires du réseau et à l’ensemble des citoyens : agir maintenant, c’est prévenir les drames de demain.
Reportage | Par Édouard Tshiama