Dialogue national en RDC : Tshisekedi met en place le dispositif préparatoire

Le processus devant conduire au dialogue national en République démocratique du Congo entre dans une nouvelle phase. Le président Félix-Antoine Tshisekedi a institué un comité chargé de préparer la mise en place de la future commission appelée à organiser ce forum, selon une ordonnance présidentielle rendue publique dimanche par sa porte-parole, Tina Salama.

Cette décision marque une première étape dans la concrétisation du « Dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État ». Le comité nouvellement créé n’a toutefois pas vocation à organiser directement les assises. Sa mission consiste d’abord à réunir les conditions nécessaires à l’installation de la commission préparatoire et à accompagner l’ensemble du processus jusqu’à son terme.

Placée sous l’autorité directe du chef de l’État, la structure sera dirigée par un coordonnateur, assisté d’un adjoint et de plusieurs membres désignés par Félix Tshisekedi. Le président de la République conserve également le pouvoir de modifier sa composition ou de mettre fin aux fonctions de ses membres.

Le dispositif prévoit par ailleurs la possibilité d’intégrer d’autres personnalités ou personnes ressources dont l’expertise pourrait être jugée utile à l’avancement des travaux.

Un travail préparatoire axé sur le consensus

Le comité aura notamment pour tâche d’engager des consultations préliminaires avec les différentes composantes susceptibles de participer au dialogue. Il devra également évaluer les besoins matériels, financiers, techniques, sécuritaires et logistiques nécessaires à la bonne conduite du processus.

Les aspects liés à la communication et au protocole seront également pris en compte. Des contacts pourront être établis avec des partenaires nationaux et internationaux, conformément aux orientations du président de la République.

Pour l’appuyer, un secrétariat technique de onze experts sera mis en place. Ceux-ci seront chargés de préparer les termes de référence, d’élaborer la feuille de route, de conduire différentes études, de centraliser les propositions issues des consultations et de produire les comptes rendus des réunions.

L’ordonnance privilégie la recherche du consensus. Dans ce cadre, le comité pourra consulter toute personne physique ou morale susceptible d’apporter un éclairage à ses travaux.

Une structure directement rattachée à la présidence

Le fonctionnement du comité sera étroitement lié à la présidence de la République. Ses responsables devront rendre régulièrement compte de l’évolution des travaux au chef de l’État, notamment à travers des notes d’étape, des séances de briefing et des rapports circonstanciés.

Les orientations présidentielles seront, quant à elles, communiquées par l’intermédiaire du directeur de cabinet du président.

La mission du comité ne comporte pas de date butoir précise. Elle doit couvrir toute la durée du processus du dialogue et prendra fin après la présentation de son rapport final.

Son fonctionnement ainsi que celui du secrétariat technique seront pris en charge par le Trésor public. L’ordonnance prévoit également la possibilité de recourir à des dons, legs et libéralités. Les membres et experts bénéficieront en outre d’une allocation forfaitaire mensuelle, dont les modalités seront déterminées par le directeur de cabinet après validation du président de la République.

La confidentialité au cœur du dispositif

Autre exigence imposée aux membres du comité, aux experts et aux personnes associées : la signature préalable d’un accord de confidentialité. Ils seront soumis au secret professionnel ainsi qu’à des obligations de réserve et de discrétion concernant les informations, documents, consultations et délibérations auxquels ils auront accès.

Ces obligations devront être respectées jusqu’à la fin des travaux du dialogue. Toute communication publique concernant les activités du comité devra également se conformer aux modalités définies par le président de la République.

Les grandes questions restent ouvertes

Si la création de ce comité constitue une avancée institutionnelle dans la préparation du dialogue, plusieurs éléments majeurs demeurent encore à préciser. L’ordonnance ne dévoile ni les noms des membres du comité, ni le calendrier général du processus, ni les critères devant déterminer la participation des différentes forces politiques et sociales.

Les thèmes précis qui seront soumis aux discussions ne sont pas non plus définis à ce stade.

Ces zones d’ombre restent particulièrement sensibles dans un contexte marqué par des divergences entre le pouvoir, l’opposition et les confessions religieuses sur les modalités du dialogue et notamment sur son caractère inclusif.

Du côté du gouvernement, le principe défendu est celui d’un dialogue organisé sur le territoire national, sans interruption du fonctionnement des institutions existantes. Le processus devrait également tenir compte des démarches engagées à Washington et à Doha autour de la crise sécuritaire dans l’est de la RDC.

Avec la création de ce comité, Félix Tshisekedi pose ainsi les premières bases institutionnelles du dialogue national, tout en conservant la maîtrise de son architecture, de son orientation et de son évolution.

DIKA