Les perturbations de la fourniture d’électricité à Kinshasa s’expliquent par plusieurs facteurs qui se conjuguent, allant de l’explosion de la demande à la baisse saisonnière des capacités de production. Le directeur général de la Société nationale d’électricité (SNEL SA), Teddy Lwamba Moba, a livré plusieurs explications sur cette situation lors d’un briefing de presse organisé jeudi 1er octobre 2026 par le ministre de la Communication et Médias, Patrick Muyaya.
Au cœur des difficultés figure d’abord l’écart considérable entre les besoins de la capitale et l’énergie effectivement disponible. Selon les données présentées par le DG de la SNEL, la consommation nécessaire à Kinshasa est passée de 580 MW pour une population d’environ 4 millions d’habitants à près de 1 200 MW aujourd’hui, alors que la ville compte désormais près de 20 millions d’habitants.
Face à cette demande, la SNEL ne fournit actuellement qu’une puissance estimée entre 600 et 700 MW. Cette différence oblige l’entreprise à organiser la distribution de l’énergie disponible entre les différents quartiers de la capitale.
Le facteur hydrologique pèse sur la production
À la pression exercée par la croissance démographique s’ajoute une contrainte liée au fonctionnement des centrales hydroélectriques. Teddy Lwamba a expliqué que la période comprise entre juin et la mi-octobre est généralement marquée par une diminution progressive des réserves d’eau, avec des conséquences directes sur le niveau de production.
Cette situation réduit temporairement les capacités disponibles et complique davantage la couverture des besoins de Kinshasa, déjà confrontée à une demande largement supérieure à l’offre.
Le délestage pour répartir l’énergie disponible
Dans ce contexte, le délestage constitue l’un des mécanismes utilisés par la SNEL pour gérer le déficit. L’entreprise procède à une distribution tournante de l’électricité afin de permettre aux différentes zones de la capitale de bénéficier, à tour de rôle, de l’énergie disponible.
Cette stratégie apparaît comme une réponse à court terme à un problème qui demeure essentiellement structurel : celui de l’insuffisance de la capacité de production et des investissements nécessaires dans le secteur.
La consommation des institutions publiques interroge
Le directeur général de la SNEL a également soulevé la question de la consommation électrique des institutions de l’État. D’après les chiffres avancés lors du briefing, celles-ci représenteraient environ 25 % de l’électricité consommée.
Pour Teddy Lwamba, cette situation mérite une réflexion afin de déterminer comment optimiser l’utilisation de l’énergie disponible et améliorer, dans le même temps, l’accès des ménages à l’électricité.
La question du financement au centre des préoccupations
Au-delà des contraintes techniques, la SNEL fait également face à la problématique du financement. Teddy Lwamba a rappelé que depuis 2008, l’entreprise dépend davantage des revenus issus de la facturation de ses abonnés pour assurer ses besoins financiers.
Dans cette perspective, il estime qu’un accompagnement financier plus régulier de l’État permettrait à la société de renforcer ses infrastructures et d’améliorer progressivement la qualité de la desserte.
La SNEL veut renforcer le contact avec ses abonnés
L’entreprise nationale entend également s’appuyer sur le numérique pour améliorer ses rapports avec les consommateurs. Une plateforme digitale est annoncée avant la fin de l’année. Elle devrait permettre aux abonnés de faire parvenir directement leurs réclamations, préoccupations et autres demandes à la SNEL.
Cette initiative vise notamment à rapprocher davantage l’entreprise de ses clients et à faciliter le traitement des problèmes signalés sur le réseau.
Inga : un projet qui nécessite plusieurs préalables
La relance du projet Inga a également été abordée au cours de l’échange avec la presse. Pour le patron de la SNEL, la réussite d’un tel projet dépend de plusieurs éléments, notamment les choix opérés par l’État, le modèle de financement et les infrastructures devant accompagner la production.
Il a également attiré l’attention sur les implications techniques d’une éventuelle production de 11 000 MW, qui nécessiterait des adaptations de certaines infrastructures existantes afin de permettre l’évacuation et l’acheminement de cette énergie.
Au regard de l’ensemble de ces contraintes, la SNEL présente les difficultés actuelles de Kinshasa comme la conséquence d’un déséquilibre persistant entre une demande qui augmente rapidement, une production soumise aux variations hydrologiques et des investissements qui doivent être renforcés.
Pour améliorer durablement la desserte, l’entreprise mise ainsi sur une combinaison de mesures : meilleure gestion de l’énergie disponible, renforcement des capacités, digitalisation de la relation avec les abonnés et appui accru de l’État. L’objectif reste de réduire progressivement le déficit énergétique qui continue de peser sur Kinshasa et, plus largement, sur l’ensemble du réseau électrique national.
DIKA