La CENCO et la procrastination :Quand le « mauvais moment »devient une justification politique

Dire que le temps appartient à Dieu, comme le rappellent les textes sacrés, revient à reconnaître une évidence que nul débat humain ne peut être confisqué. Mais il y a toujours un risque lorsque certaines autorités morales glissent, même involontairement, de la lecture spirituelle vers des jugements d’ordre politique sur ce qui serait, ou non, “le bon moment”pour agir.

C’est précisément dans ce glissement que s’inscrit la position de la CENCO, qui a jugé inopportune toute initiative de révision ou de changement de la Constitution de 2006. Une appréciation qui, dans une démocratie, ne pose pas problème en soi, mais qui devient discutable lorsqu’elle se transforme en verrou implicite du débat public.

Quand l’inopportunité devient un moyen de différer le projet constitutionnel du Gouvernement

Le mot “inopportun” paraît neutre. Pourtant, dans la pratique politique, il agit souvent comme un frein discret, une manière élégante de repousser sans jamais dire non.

On ne rejette pas frontalement une idée : on la renvoie à plus tard. Et ce “plus tard”, par définition, n’a jamais de visage clair.

C’est ainsi que se met en place une culture de l’ajournement permanent. Une forme de gestion du temps politique où l’attente devient une stratégie et où l’action se dissout dans des conditions toujours “non réunies”.

À force, ce qui devait relever du discernement glisse vers une véritable logique de procrastination institutionnelle.

La CENCO et son rôle public : de l’autorité morale et à l’acteur politique

Lorsqu’une structure comme la CENCO s’invite dans le débat national, elle quitte le registre spirituel ou moral. Elle devient un acteur de l’espace public, donc exposé à la contradiction et à la discussion, par conséquent au jeu démocratique, car le problème n’est plus celui de la prise de parole, mais la manière dont certaines positions semblent parfois dépasser la simple orientation éthique pour s’approcher d’une lecture politique orientée, souvent tranchée, accentuant la mitoyenneté entre le moral et le politique engendrant au passage la perte de la neutralité qui devrait légitimer et crédibiliser la parole ou l’action  du «Spirituel».

Dans ce contexte, une question demeure : comment concilier une autorité fondée sur une forte verticalité doctrinale interne avec une intervention extérieure qui prétend arbitrer le moment politique d’un État ?

Le risque d’une parole qui dépossède le jugement des fidèles

Un autre point mérite attention : la relation entre la CENCO et ceux qui se reconnaissent en elle.

Involontairement le point de vue de l’Eglise, ou mieux de la CENCO, se mue en logiciel principal et unique de la compréhension et de l’interprétation des enjeux politiques, il peut réduire involontairement ou à dessin l’espace de réflexion individuelle. Les fidèles ne sont plus des citoyens pensants, mais des récepteurs d’une lecture déjà construite du monde, tel un mouton de panurge ou le chien de Pavlov.

Or, la maturité citoyenne ou du Chrétien suppose autre chose : la capacité de juger, de comparer et de se positionner sans déléguer entièrement son discernement.

Il y a là un risque discret mais réel : celui d’une forme de réduction progressive de l’autonomie intellectuelle, même lorsqu’elle n’est pas intentionnelle. On ne peut encourager l’autonomisation des paroisses par la prise en charge matérielle des paroissiens et à contrario embrigader l’autonomie de la pensée individuelle.

Une indignation à géométrie variable

Dans les prises de position publiques, certaines préoccupations, fussent-elles justifiées, semblent revenir avec insistance, tandis que d’autres tragédies nationales, notamment celles de l’Est du pays, passent souvent moins perceptibles dans le discours.

Toute raison gardée, interrogeons notre intelligence, notre sagesse, et davantage notre conscience car c’est la seule que nous ne pouvons pas tromper, sur la position de la CENCO consistant à déconstruire toutes les options concordantes sur le besoin réel de modifier ou changer la constitution en arguant une question de « timing » dont on saurait apprécier ni évaluer le degré d’objectivité  et son caractère clivant, alors que l’Eglise est censée incarnée les valeurs d’unité, de solidarité et de compréhension mutuelle. 

Que devient une Eglise qui n’arrive plus à fédérer et canaliser la société, mais qui marginalise ou se dresse contre des Gouvernants sous le fallacieux prétexte de sa doctrine sociale de défendre les « faibles » et « opprimés » sans pourtant compatir avec nos frères de l’Est du Pays qui ont tant besoin de leurs prières et affections, qui se complait à ne jamais citer nommément les vrais oppresseurs de nos frères qui sont dans la détresse depuis des décennies, alors qu’on passe tout son temps à vilipender constamment le Chef de l’Etat sans le moindre égard, en se drapant de sa qualité ecclésiastique pour maquiller sa haine à l’égard d’une personne qui ne vous a pas fait le moindre mal. Comment peut-on comprendre le refus assumé à l’invitation à une prière pour l’investiture du Chef de l’Etat en prétextant que ce n’est pas une convocation, alors que la Bible elle-même nous invite de prier pour les pécheurs ou nos ennemis.

Je voudrais bien croire que la Bible que le Cardinal lit contient bel le bien le sermon de Jésus Christ sur la montagne repris dansMatthieu 5 :44-45 ou dans Luc 6 :27-28. Je l’invite à cette occasion à pouvoir relire ces deux passages bibliques et qu’il se regarde sur le miroir pour une autocritique sur son refus systématique de prier pour le Chef de l’Etat lors de son investiture. S’agissait-il aussi d’une question d’inopportunité ou d’une question relevant de ses propres convictions alors que le Créateur lui-même nous invite à la compassion et à la miséricorde (Ephésiens 4 :32).

Reparlons de cette hiérarchisation involontaire (accordons le bénéfice du doute) des urgences qui interroge. Non pas sur la légitimité de la critique, mais sur sa cohérence globale.

Une parole morale gagne en crédibilité lorsqu’elle embrasse l’ensemble des souffrances, sans tri perceptible entre les causes mises en avant et celles reléguées à l’arrière-plan ou celles diluées dans des formulations réservées aux initiés. Vous pouvez masquer vos intentions mais vos actes vous trahissent. Cela s’appelle de l’hypocrisie visible. Rappelez-vous de la Rochefoucauld disait : « l’hypocrisie est un hommage que le vice rend à la vertu ».

Constitution et contradictions de lecture

Défendre la Constitution tout en rejetant certaines de ses dispositions sociales et politiques fondamentales (gratuité de l’enseignement, referendum populaire) crée une tension intellectuelle difficile à gérer.

On se retrouve face à une lecture fragmentée du texte fondamental : tantôt valorisé dans son principe, mais contesté dans ses effets lorsqu’ils deviennent politiquement sensibles.

Or, un texte constitutionnel ne fonctionne pas comme un « shopping » où chacun choisirait ses articles selon ses préférences du moment.

L’ajournement comme méthode de gouvernement implicite

À force de repousser les réformes en invoquant leur caractère “mal placé dans le temps”, on installe progressivement une forme de suspension continue de l’action publique et une suspicion à peine voilée. Trop de fixation et de procès d’intention sur un éventuel troisième mandat du Président Félix-Antoine Tshisekedi.

Ce qui devait être exception devient méthode. Et ce qui devait relever de la prudence devient inertie.

Dans ce schéma, le temps cesse d’être un cadre d’action pour devenir un prétexte d’évitement.

C’est là que la procrastination cesse d’être individuelle pour devenir une logique politique diffuse.

Conclusion : quand le temps remplace la décision

Une société ne peut durablement se construire dans l’attente d’un moment idéal qui ne vient jamais.

Le débat démocratique a besoin de contradictions, mais il a aussi besoin de décisions. Et surtout, il a besoin d’acteurs qui acceptent que le “bon moment” est souvent celui qui est disponible, pas celui que l’on fantasme.

Lorsque l’inopportunité devient une position permanente, elle cesse d’être une prudence : elle devient un mode de blocage.

Cela peut se confondre à un calcul politicien que la CENCO joue en faveur des intérêts d’un individu ou d’un groupe d’individus. Car, il est impossible que l’on sacrifie une opinion d’une frange des membres de l’Eglise sans chercher le cohésion ou l’unité de la communauté ecclésiastique. 

Tribune de Bienv