L’organe délibérant de la capitale, une institution qui devrait se distinguer par un contrôle rigoureux de l’exécutif provincial, semble se placer sous l’autorité du Chef de l’Exécutif. Les observateurs y voient une Assemblée agissant dans l’ombre de l’Exécutif. Cependant, au regard de la situation établie, les conséquences sont multiples : on observe ainsi un affaiblissement du contrôle parlementaire sur l’exécutif provincial.
Le dispositif a été installé dès le départ, mais ses répercussions n’ont pas été envisagées. Les intentions initiales étaient bonnes : disposer de représentants dans toutes les institutions, et même majoritaires, afin de soutenir de bonnes idées et une bonne gestion. Or, le travail ne se fait pas avec la rigueur nécessaire au profit des intérêts de la population, à laquelle on a juré de servir.
L’organe délibérant de la Ville–province de Kinshasa, mère des institutions provinciales, affiche depuis le début de la législature un seul visage : celui de la famille politique du Président Félix Tshisekedi, l’Union sacrée de la Nation. Pourtant, cette institution est loin de faire naître des débats contradictoires en faveur de la population. Il y a une limite au débat démocratique : la majorité impose ses décisions sans contre-pouvoir. La voix unique devient alors le seul guide, conduisant, de manière inévitable, l’Assemblée provinciale de Kinshasa.
Les conséquences sont telles qu’on assiste à un affaiblissement du contrôle parlementaire sur l’exécutif provincial. Celui-ci s’érige désormais en maître suprême, tout en rejetant toute initiative des élus du peuple. Pourquoi cette attitude de la part du chef de l’exécutif provincial ? Beaucoup s’interrogent, mais sans réponse claire. Néanmoins, l’état-major du parti présidentiel, l’UDPS, en sait davantage.
Dans ce contexte, l’organe délibérant se voit contraint de s’inscrire dans une logique simple : celle d’une caisse de résonance de l’exécutif provincial, dirigé par Daniel Bumba.
À Kinshasa, les contrôles parlementaires sont étouffés. Ils sont devenus inexistants, voire inefficaces, empêchant ainsi la sanction des irrégularités budgétaires. À titre d’exemple, le chef de l’exécutif provincial, Daniel Bumba, a été dans le viseur des élus provinciaux. L’un d’eux souhaitait qu’il réponde à une série de questions afin d’éclairer la lanterne des élus. Mais, au lieu de se plier à ces exigences, d’autres actions ont été privilégiées.
Des contradictions en chaîne sont devenues un concept tolérable. Chacun se comporte en chef dans sa propre « forêt », sans se soucier d’inquiéter l’autre. C’est aussi cela, la politique « chez nous », surtout lorsque l’état-major du parti impose aux élus provinciaux les matières à traiter, au détriment de leur rôle de contrôle et de questionnement, et au risque de ne pas contrarier celui qui a été imposé ou qui servirait des intérêts cachés de certains responsables politiques.
Et lorsque l’on soulève le couvercle de cette « casserole » institutionnelle, les inquiétudes se multiplient. L’absence de vigilance rigoureuse ouvre grand la porte aux dérives dans la gestion des finances publiques. L’exécutif provincial, désormais peu contraint à rendre des comptes, évolue dans un espace où les critiques, bien que bruyantes sur les réseaux sociaux, peinent à produire un effet tangible. Le respect des institutions, lui, semble s’effacer dans ce tumulte silencieux.
Récemment encore, les débats numériques autour des routes en construction dans la capitale ont révélé une opinion en quête de clarté et de responsabilité. Mais face à ces attentes, les voix capables d’initier un contrôle ferme et courageux se font rares. Pourtant, de telles initiatives pourraient, en théorie, conduire à des sanctions exemplaires, voire à une remise en cause totale de l’exécutif. Mais les obstacles demeurent bien ancrés.
Au terme de cette traversée, une évidence s’impose : l’organe délibérant de Kinshasa semble évoluer dans l’ombre de l’exécutif provincial, sans véritable volonté de contradiction. Devenu chambre d’enregistrement plus que creuset du débat, il s’éloigne peu à peu de l’idéal de libre administration des provinces, laissant derrière lui le parfum inachevé d’une promesse démocratique.
Jude Junior Kalombo/Journaliste et spécialiste en politique extérieure