La République démocratique du Congo entend désormais voir les décisions internationales produire des effets concrets sur le terrain. C’est le message porté par la Première ministre Judith Suminwa, mercredi 23 septembre 2026, à New York, où elle représentait le président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo lors de la 81e session de l’Assemblée générale des Nations unies.
Au cœur de son intervention, la situation sécuritaire dans l’Est du pays et la nécessité de passer des résolutions aux actions. Pour la cheffe du gouvernement congolais, la résolution 2773 adoptée à l’unanimité par le Conseil de sécurité le 21 février 2025 constitue déjà une base suffisamment claire pour engager des mesures concrètes.
Judith Suminwa a notamment insisté sur l’application des dispositions relatives à la cessation des hostilités, au retrait des forces rwandaises du territoire congolais, à la fin du soutien aux groupes armés et au démantèlement des administrations parallèles installées dans les zones occupées. La résolution demande également au M23 de se retirer des territoires sous son contrôle et appelle à la reprise du dialogue entre Kinshasa et Kigali.
Pour la Première ministre, la multiplication des initiatives diplomatiques ne devrait pas conduire à laisser de côté les engagements déjà adoptés au niveau international. Elle a ainsi plaidé pour une mise en œuvre effective des décisions existantes, dans un contexte marqué par la persistance de la crise humanitaire et sécuritaire dans l’Est du pays.
Dans son discours, la cheffe du gouvernement a également mis en avant les conséquences humaines du conflit, citant notamment les déplacements forcés de populations, les violences sexuelles, le recrutement d’enfants et l’exploitation illicite des ressources naturelles. Elle a aussi évoqué les violences attribuées à plusieurs groupes armés actifs dans la région.
Kinshasa continue par ailleurs de soutenir plusieurs mécanismes destinés à favoriser une sortie de crise. Judith Suminwa a rappelé l’existence de différents cadres diplomatiques et régionaux, dont l’Accord de paix signé à Washington, le processus de Doha ainsi que les initiatives portées par l’Union africaine.
Plaidoyer pour un multilatéralisme plus efficace
Le discours de la Première ministre ne s’est pas limité à la crise congolaise. Elle a également défendu une évolution du système multilatéral, fondée notamment sur le respect de la souveraineté des États, l’intégrité territoriale et le règlement pacifique des différends.
Dans cette perspective, elle a réaffirmé l’attachement de la RDC au Consensus d’Ezulwini et à la Déclaration de Syrte, qui portent notamment sur une représentation accrue de l’Afrique au Conseil de sécurité des Nations unies.
Les minerais au cœur de la stratégie économique congolaise
Autre volet de l’intervention : la gestion des ressources naturelles. La Première ministre a défendu une plus grande transformation locale des minerais exploités en RDC, particulièrement dans le contexte de la transition énergétique mondiale.
Kinshasa souhaite notamment promouvoir des chaînes de valeur davantage structurées autour de la transformation, de la traçabilité et d’une répartition plus équitable des bénéfices liés aux minerais critiques. La RDC entend ainsi renforcer sa place dans l’économie mondiale au-delà de la simple extraction de matières premières.
Les questions sanitaires, la lutte contre Ebola, la protection du bassin du Congo et le financement du développement ont également été abordées. La Première ministre a indiqué que les besoins financiers de la RDC pour accélérer la réalisation des Objectifs de développement durable dépasseraient 70 milliards de dollars d’ici 2030.
Adoptée le 21 février 2025 par les quinze membres du Conseil de sécurité, la résolution 2773 constitue l’un des principaux textes internationaux consacrés à la crise dans l’Est de la RDC. Son adoption avait été unanime. Elle condamne l’offensive du M23 et appelle notamment au retrait du mouvement des zones contrôlées ainsi qu’au retrait des forces rwandaises du territoire congolais.
Le plaidoyer porté à New York par Judith Suminwa place ainsi l’application de ces engagements au centre des attentes de Kinshasa, alors que la 81e session de l’Assemblée générale se déroule du 22 au 28 septembre 2026.
DIKA