Après la ville morte peu suivie, la plainte pour « coup d’État constitutionnel » finalement reportée faute d’arguments jugés suffisants, puis un sit-in dispersé après un bras de fer avec les autorités provinciales, la coalition C64 peine à transformer ses coups politiques en véritables victoires populaires. À force d’enchaîner les actions sans résultats tangibles, une question s’impose : l’opposition poursuit-elle un objectif politique clair ou cherche-t-elle simplement à accumuler des incidents pour nourrir son combat contre le pouvoir ?
Les images des échauffourées survenues lors du sit-in organisé vendredi 12 juin 2026 à Kinshasa contre toute initiative de révision constitutionnelle ont rapidement fait le tour des réseaux sociaux. Des leaders de l’opposition apparaissent bousculés, certains avec des « traces » de sang sur leurs vêtements. Des scènes qui suscitent naturellement l’émotion. Mais au-delà des images, c’est la stratégie globale de cette opposition réunie au sein du C64 qui mérite aujourd’hui d’être interrogée.
Depuis plusieurs mois, la coalition multiplie les initiatives pour tenter de placer le régime de Félix Tshisekedi sous pression. Une ville morte annoncée avec force n’a pas connu l’adhésion populaire espérée. Une plainte visant le Chef de l’État pour « coup d’État constitutionnel » a été annoncée avant d’être reportée, les initiateurs expliquant vouloir renforcer leur dossier. Entre-temps, les accusations sont restées nombreuses mais les preuves juridiques convaincantes semblent toujours se faire attendre.
Le sit-in de ce vendredi s’inscrit dans cette même logique de confrontation. Pourtant, les autorités provinciales avaient indiqué un autre point de rassemblement. En refusant de suivre les orientations communiquées par le gouvernorat, les organisateurs savaient qu’ils s’exposaient à un face-à-face avec les forces de l’ordre. Dès lors, la question se pose : l’objectif principal était-il de porter un message politique ou de provoquer une situation susceptible de produire des images fortes et des incidents médiatiques ?
Cette interrogation est d’autant plus légitime que plusieurs figures aujourd’hui à la tête de cette contestation ont, hier encore, soutenu ou accompagné des réformes institutionnelles lorsqu’elles évoluaient dans les sphères du pouvoir. Certains ont marché aux côtés du Président Tshisekedi, participé à la majorité ou défendu des changements qu’ils dénoncent désormais avec vigueur. Ce revirement n’est pas en soi illégitime en politique, mais il exige des explications claires pour convaincre une opinion publique souvent méfiante face aux repositionnements de circonstance.
Dans une démocratie, l’opposition joue un rôle indispensable. Elle doit contrôler l’action du pouvoir, dénoncer les dérives et proposer des alternatives crédibles. Mais pour être entendue, elle doit aussi démontrer la cohérence de son combat. À défaut de résultats politiques concrets, le risque est grand de voir chaque mobilisation se transformer en simple démonstration de force sans lendemain. Et si la véritable bataille du C64 n’était plus contre la révision constitutionnelle, mais contre le doute grandissant d’une population qui peine encore à comprendre ce que cette opposition veut réellement construire pour l’avenir du pays ?
Tribune d’Édouard Tshiama/Journaliste et spécialiste en Relations Internationales