DOSSIER SPÉCIAL | Discours à la Nation : la paix sans capitulation (sécurité et diplomatie) «2/4»

Face à une guerre qui s’enlise dans l’Est du pays, Félix Tshisekedi a consacré une large partie de son discours du 66ᵉ anniversaire de l’indépendance à la sécurité nationale et à la diplomatie. Entre fermeté envers les agresseurs, ouverture au dialogue et volonté de repositionner la RDC sur l’échiquier international, le Chef de l’État a tenté de convaincre que la paix reste possible, mais qu’elle ne pourra jamais se construire au prix de la souveraineté congolaise.

Depuis plus de trois décennies, l’Est de la République démocratique du Congo demeure le théâtre d’une violence qui semble défier le temps. Les offensives des groupes armés, les déplacements massifs de populations, les massacres de civils et l’exploitation illicite des ressources naturelles continuent d’alimenter une crise sécuritaire dont les conséquences dépassent largement les frontières nationales.

C’est dans ce contexte particulièrement tendu que Félix Tshisekedi s’est adressé à la Nation, faisant de la sécurité et de la diplomatie l’un des principaux axes de son discours. Loin d’un simple état des lieux, le Président a voulu fixer une ligne politique : rechercher la paix, mais sans jamais céder sur les intérêts fondamentaux de la République.

Dès les premières minutes consacrées à cette question, le Chef de l’État a rendu hommage aux Congolais qui paient le plus lourd tribut à cette guerre. Aux milliers de familles contraintes de fuir leurs villages, aux victimes des violences et aux déplacés vivant dans des conditions précaires, il a adressé un message de solidarité : « Au nom de la Nation, vous n’êtes pas oubliés. » Cette déclaration se veut autant un geste de compassion qu’un engagement politique. Elle traduit la volonté d’affirmer que, malgré les difficultés, l’État entend rester présent auprès de ses citoyens les plus éprouvés.

Le Président a également salué le courage des Forces armées de la République démocratique du Congo, des Wazalendo, de la Police nationale et de l’ensemble des services de sécurité. Dans un contexte où les critiques sur la conduite de la guerre sont fréquentes, cet hommage apparaît comme une manière de renforcer le moral des troupes tout en rappelant que la défense de l’intégrité territoriale demeure une priorité absolue. Pour Félix Tshisekedi, ces hommes et ces femmes incarnent aujourd’hui la résistance de toute une Nation face aux menaces extérieures.

Mais au-delà du champ militaire, c’est sur le terrain diplomatique que le Président a développé l’essentiel de son argumentaire. Alors que certains observateurs s’interrogent sur les négociations engagées ces derniers mois, il a tenu à expliquer la philosophie qui guide son action. Les Accords de Washington ainsi que les discussions menées à Doha ne sont pas, selon lui, des signes de faiblesse. Ils relèvent d’un choix stratégique, celui de privilégier toutes les voies susceptibles de mettre fin aux souffrances des populations.

« Le choix de la diplomatie n’a jamais été un signe de faiblesse. Il a été le choix de la responsabilité, de la maîtrise et de la recherche, par tous les moyens légitimes, de la fin de la souffrance imposée à nos populations. »

Par cette affirmation, le Chef de l’État répond indirectement aux critiques de ceux qui estiment que le dialogue avec les parties impliquées reviendrait à céder face à l’agression. Pour lui, la diplomatie n’est pas une capitulation, mais un instrument au service de la paix. Encore faut-il que cette paix repose sur des bases solides.

C’est précisément là que le Président fixe les conditions qu’il juge indispensables à toute sortie de crise. Les discussions de Washington et de Doha, insiste-t-il, ne pourront être considérées comme utiles que si elles débouchent sur des résultats concrets et irréversibles. Il évoque notamment le silence des armes, la fin du soutien aux groupes armés, le retrait effectif des forces étrangères non invitées, le retour sécurisé des personnes déplacées, la restauration de l’autorité de l’État et la justice pour les victimes.

« Les accords de Washington et les discussions de Doha n’ont de sens que s’ils produisent des résultats concrets, vérifiables et irréversibles. »

Cette déclaration traduit une volonté de ne pas reproduire les erreurs du passé. Depuis plusieurs décennies, la région des Grands Lacs a connu de nombreux accords de paix dont plusieurs sont restés sans véritable application. Félix Tshisekedi semble vouloir rappeler que le temps des engagements symboliques est révolu et que les Congolais attendent désormais des résultats tangibles.

Au cœur de cette séquence diplomatique, le Rwanda demeure implicitement visé. Sans multiplier les développements, le Président maintient la position officielle de Kinshasa, qui accuse Kigali de soutenir le mouvement rebelle opérant dans l’Est de la RDC. Cette accusation, régulièrement portée devant les instances régionales et internationales, constitue désormais l’un des principaux axes de la diplomatie congolaise. En rappelant que « aucune paix durable dans la région des Grands Lacs ne peut se bâtir contre la souveraineté de la RDC », Félix Tshisekedi réaffirme que toute solution devra passer par le respect de l’intégrité territoriale congolaise.

Le Chef de l’État élargit ensuite son regard au-delà du seul conflit. Pour lui, la guerre dans l’Est est aussi alimentée par la convoitise que suscitent les immenses richesses minières de la RDC. Cobalt, cuivre, coltan, lithium et autres minerais stratégiques placent aujourd’hui le pays au cœur des transitions énergétique et numérique mondiales. Longtemps considérées comme une malédiction, ces ressources doivent désormais devenir un levier de puissance.

« Les ressources naturelles de la République démocratique du Congo ne doivent plus être regardées comme une malédiction. Elles doivent devenir un levier de paix, de prospérité, de souveraineté, de justice et de transformation pour le peuple congolais. »

Cette vision explique également l’annonce faite par le Président de présider prochainement une réunion de haut niveau du Conseil de sécurité des Nations Unies consacrée aux liens entre ressources naturelles, paix, sécurité et développement durable. À travers cette initiative, Kinshasa cherche à déplacer le débat : il ne s’agit plus seulement de dénoncer les pillages, mais d’imposer une nouvelle gouvernance mondiale des minerais stratégiques dont la RDC est l’un des principaux détenteurs.

Au fond, le message diplomatique de Félix Tshisekedi repose sur une idée simple : la RDC ne veut plus être perçue uniquement comme un pays victime des conflits. Elle entend devenir un acteur incontournable des grandes discussions internationales sur la paix, la sécurité énergétique, les minerais critiques et le développement durable. Cette ambition traduit une évolution de la politique étrangère congolaise, qui cherche désormais à transformer les atouts naturels du pays en instruments d’influence.

Toutefois, cette stratégie ne produira ses effets que si les engagements diplomatiques se traduisent rapidement par une amélioration de la situation sécuritaire sur le terrain. Les populations de Goma, de Beni, de Bunia, de Rutshuru ou encore de Masisi attendent moins des déclarations que le retour effectif de la paix, de l’autorité de l’État et de la sécurité dans leur quotidien.

En clôturant cette partie de son discours, Félix Tshisekedi a voulu rappeler que la République démocratique du Congo demeure ouverte au dialogue, mais qu’elle refuse toute paix construite sur le renoncement à sa souveraineté. Le véritable défi commence maintenant : transformer les engagements diplomatiques en réalités concrètes. Car, au-delà des négociations, l’Histoire retiendra moins les promesses que la capacité des dirigeants à faire taire définitivement les armes et à rendre aux Congolais la paix qu’ils attendent depuis trop longtemps.

Analyse | Par Édouard Tshiama | Journaliste et Internationaliste de formation