Affaire sit-in du 12 juin : la bataille se déplace désormais sur le terrain de la crédibilité des institutions

La réaction de la Coalition Article 64 dépasse largement le simple exercice du droit de réponse à un rapport de la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH). En saluant les conclusions qui reconnaissent l’existence de graves violations des droits humains, tout en contestant leurs limites, l’opposition engage désormais un combat plus stratégique : celui de la crédibilité des institutions de la République. Le débat ne porte plus seulement sur ce qui s’est passé le 12 juin, mais sur la capacité des organes de l’État à établir une vérité incontestable.

En réalité, le rapport de la CNDH place les institutions congolaises dans une position délicate. D’un côté, il reconnaît officiellement des violations graves, ce qui constitue déjà une évolution importante dans un dossier hautement sensible. De l’autre, les critiques formulées par la Coalition Article 64 soulignent les attentes non satisfaites concernant l’identification des responsabilités, les disparitions signalées et le rôle de certains acteurs. Cette tension révèle un défi majeur : comment préserver la crédibilité d’une institution nationale tout en répondant aux exigences de transparence et d’impartialité qu’impose une affaire à forte charge politique ?

Pour l’opposition, l’enjeu est aussi politique. En réclamant une enquête internationale indépendante, elle cherche à déplacer le centre de gravité du dossier vers des mécanismes qu’elle estime plus susceptibles de garantir une enquête impartiale. Cette stratégie traduit une défiance vis-à-vis des mécanismes nationaux et place le pouvoir devant une équation complexe : démontrer que les institutions congolaises sont capables de faire la lumière sur les faits, ou voir s’installer durablement le doute dans l’opinion publique et auprès des partenaires internationaux.

Au fond, cette affaire constitue un test pour l’État de droit en République démocratique du Congo. Au-delà des divergences entre majorité et opposition, c’est la capacité des institutions à inspirer confiance qui est désormais mise à l’épreuve. Car dans les démocraties, la stabilité ne repose pas uniquement sur la gestion politique des crises, mais aussi sur la certitude que les institutions peuvent établir les responsabilités, garantir la justice et convaincre l’ensemble des acteurs que la vérité n’est ni partisane ni négociable. Si cet objectif n’est pas atteint, le dossier du 12 juin pourrait durablement s’inscrire comme un marqueur des tensions entre légitimité politique et crédibilité institutionnelle.

Par Édouard Tshiama