DIALOGUE NATIONAL : MONI DELLA PRÔNE L’UNITÉ POUR CONJURER L’OMBRE DE LA FRAGMENTATION

Alors que les lignes continuent de se tendre autour du futur dialogue national annoncé par le président Félix Antoine Tshisekedi, l’opposant Moïse Moni Della a rencontré, Vendredi, l’Eveque EJIBA YA MAMPIA responsable des Églises de Réveil au Congo afin de lui présenter sa vision des modalités de ces assises, qu’il considère comme une opportunité de restaurer la paix, la réconciliation nationale et l’unité de la République démocratique du Congo.

Qui a raison ? Qui a tort ? La réponse est aussi insaisissable que le vent qui traverse une savane avant l’orage. Une certitude, en revanche, s’impose : le débat est devenu l’un des plus sensibles de la scène politique congolaise. À mesure que s’approche l’annonce officielle des modalités du dialogue national, les positions se durcissent, les discours s’aiguisent et les lignes de fracture apparaissent au grand jour.

Deux visions se regardent désormais en chiens de faïence. La première estime que les auteurs de la rébellion et ceux qui ont pris les armes contre la République ne sauraient être conviés autour de la même table que les institutions qu’ils combattent. Pour ses défenseurs, dialoguer avec les armes encore fumantes reviendrait à consacrer la violence comme voie d’accès à la négociation politique.

À l’opposé, un autre courant soutient qu’un dialogue ne mérite véritablement son nom que s’il n’exclut personne. Selon cette lecture, fermer la porte à certains protagonistes reviendrait à construire une paix amputée d’une partie de ses acteurs, donc fragile dès sa naissance.

Entre ces deux rives, les eaux demeurent agitées. Et comme le rappelle un vieux proverbe africain, il ne manque jamais un jour dans toutes les forêts. Autrement dit, le temps finit toujours par révéler ce que les passions du moment empêchent de voir.

C’est précisément sur ce terrain que Moïse Moni Della tente de déplacer le curseur. Loin d’alimenter la bataille des camps, l’opposant affirme vouloir faire de la paix le véritable centre de gravité du débat. Reçu par les responsables des Églises de Réveil, aujourd’hui conduites par l’évêque Édiba Yamapia, il dit être venu exposer sa perception de la sortie de crise ainsi que ses propositions sur les modalités pratiques du dialogue voulu par le chef de l’État.

Pour Moïse Moni Della, la réconciliation nationale n’est pas une simple formule politique ; elle constitue la clé qui doit ouvrir la porte du développement. Selon lui, les divergences partisanes ne devraient jamais l’emporter sur les questions touchant à l’existence même de la nation. L’unité, la paix, la cohésion nationale et la sauvegarde de l’intégrité territoriale devraient, estime-t-il, faire l’objet d’un consensus dépassant les appartenances politiques.

Dans son discours, une inquiétude revient comme un refrain : celle de voir la République démocratique du Congo suivre le chemin de la désintégration. Il évoque le spectre de la « yougoslavisation » du pays, une image forte pour exprimer son refus de toute partition du territoire national. Pour lui, les frontières de la RDC ne doivent ni être négociées ni être fragilisées par les crises successives.

L’opposant ne compte d’ailleurs pas limiter cette démarche aux seules Églises de Réveil. Il annonce une série de consultations avec d’autres confessions religieuses, les acteurs politiques ainsi que les organisations de la société civile afin, dit-il, de partager une même vision de la sortie de crise.

Interrogé sur les appels de certains responsables politiques qui menacent d’embraser le pays si le dialogue n’aboutit pas dans un délai donné, Moïse Moni Della refuse toute logique d’escalade. Il se dit confiant dans l’engagement du président de la République à convoquer ces assises et attend la mise en place de la commission préparatoire. À ses yeux, spéculer sur un éventuel échec reviendrait à faire de la « politique-fiction ».

Dans une RDC où les mots pèsent parfois autant que les armes, le dialogue apparaît désormais comme un pont suspendu au-dessus d’un précipice. Les uns doutent de sa solidité, les autres redoutent ceux qui le traverseront. Mais tous savent qu’un pont ne révèle sa résistance qu’au moment où les premiers pas s’y engagent. Reste à savoir si cette traversée conduira à une paix durable ou si elle ne sera qu’une halte de plus dans le long voyage des crises congolaises.

Christian La Grâce LIOLYA