De l’opposition politique à la médiation : la C64 tient à sauver Paul Kagame

En voulant rencontrer séparément Félix Tshisekedi et Joseph Kabila pour préparer un dialogue national, la Coalition article 64 (C64) semble oublier une réalité essentielle : la guerre dans l’Est de la République démocratique du Congo ne se résume pas à un duel entre deux acteurs politiques congolais. À force de vouloir jouer les médiateurs, cette opposition risque de brouiller les responsabilités et de détourner l’attention du véritable enjeu : l’agression dont la RDC est victime.

A qui profite réellement cette démarche ? C’est la question que la C64 devrait d’abord se poser. Car présenter la crise comme un problème à régler entre Tshisekedi et Kabila revient à placer au second plan la responsabilité des acteurs impliqués dans l’occupation de territoires congolais, notamment le Rwanda, dont le soutien au M23 a été condamné par le Conseil de sécurité de l’ONU dans sa résolution 2773.

Le plus surprenant est cette volonté de faire de Joseph Kabila un interlocuteur incontournable, comme si sa rencontre avec quelques opposants pouvait suffire à arrêter les combats. Or, à Cotonou, comme à Moscou, Paul Kagame a affirmé que la cause de l’agression de la RDC, serait la reconquête des ses terres au Congo et quiconque veut détruire le M23, veut la destruction de son pays.

La C64 peut-elle expliquer comment ces discussions conduiraient au retrait des forces étrangères et à la libération des territoires occupés ? Qui prendra les décisions militaires à l’issue de ces rencontres ? Sans réponses concrètes, cette médiation ressemble davantage à une opération de repositionnement politique qu’à une véritable initiative de paix.

Le précédent des rencontres entre la CENCO, l’ECC et Corneille Nangaa, à Goma, en janvier 2025, mérite également d’être rappelé. Ces échanges n’ont pas mis fin à la guerre. Pourquoi répéter une démarche similaire en espérant un résultat différent, sans démontrer ce qui aurait changé sur le terrain ?

Défendre l’ordre constitutionnel est un combat politique légitime. Mais cette cause ne donne pas à la C64 le droit de mettre toutes les responsabilités sur le même plan ni de transformer une guerre d’agression en simple querelle entre Congolais.

En définitive, la C64 doit choisir : combattre pour la souveraineté du Congo ou s’enfermer dans une médiation qui risque d’affaiblir le discours sur l’agression rwandaise. Car si son initiative contribue à déplacer le débat de Kigali vers Kinshasa, elle fera, de fait, le jeu de Paul Kagame. Et ce n’est pas en multipliant les rencontres politiques que l’on libérera les territoires occupés.

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