Pendant plusieurs mois, la scène politique congolaise a été dominée par un débat qui semblait constituer la priorité de certains responsables de l’UDPS et de leurs alliés : la révision, voire le changement de la Constitution. Les ténors de la majorité présidentielle multipliaient les déclarations pour convaincre l’opinion que la Loi fondamentale constituait un frein à la gouvernance et au développement du pays.
La CENCO et l’ECC sur une ligne différente
Face à cette offensive politique, la CENCO et l’ECC avaient adopté une position radicalement différente. Les deux grandes confessions religieuses estimaient que la priorité nationale ne résidait pas dans une réforme constitutionnelle, mais dans la recherche d’un consensus entre les Congolais afin de faire face à la grave crise sécuritaire qui menace l’Est de la République et, au-delà, l’unité du pays.
Cette position leur avait valu de nombreuses critiques de la part de certains cadres du pouvoir, qui les accusaient d’interférer dans le débat politique.
La crise sécuritaire relègue le débat constitutionnel
Pendant que les discussions sur la Constitution occupaient l’espace médiatique, la situation sécuritaire continuait de se détériorer dans l’Est. Les appels à l’unité nationale et au dialogue semblaient relégués au second plan, alors même que les inquiétudes sur l’intégrité territoriale du pays devenaient de plus en plus pressantes.
Un changement de cap du pouvoir ?
Aujourd’hui, le contexte paraît avoir évolué. Après les limites observées de la stratégie diplomatique mise en œuvre par le président Félix Tshisekedi, les autorités semblent désormais privilégier l’option d’un dialogue national inclusif.
Ce changement d’approche soulève une interrogation politique majeure : le chef de l’État est-il en train d’adopter la démarche que défendaient depuis des mois la CENCO et l’ECC, alors que sa propre famille politique la combattait avec vigueur ?
Quid des défenseurs de la révision constitutionnelle ?
Si tel est le cas, une autre question mérite d’être posée : que devient le discours de ceux qui avaient fait de la révision constitutionnelle leur principal cheval de bataille ? Les responsables qui encourageaient le président à engager cette réforme reconnaîtront-ils aujourd’hui que les véritables priorités étaient ailleurs ?
Le recours au dialogue national peut être interprété de différentes manières. Pour certains, il traduit une adaptation du pouvoir face à une crise complexe qui exige désormais un large consensus. Pour d’autres, il constitue une reconnaissance implicite que les appels lancés depuis longtemps par la CENCO et l’ECC étaient fondés et que les réponses exclusivement diplomatiques ou militaires ne suffisaient pas.
Une rupture avec la ligne de la majorité ?
Dès lors, une question politique s’impose : Félix Tshisekedi tourne-t-il le dos à la ligne défendue pendant des mois par une partie de sa propre majorité ?
Il est encore trop tôt pour l’affirmer. En revanche, il apparaît clairement que le choix du dialogue tranche avec le discours de plusieurs cadres de l’UDPS, qui privilégiaient jusque-là le débat sur la Constitution plutôt qu’une concertation nationale.
L’intérêt supérieur de la nation
Au fond, ce débat dépasse les intérêts des partis politiques. Les Congolais attendent moins des affrontements idéologiques que des solutions capables de restaurer la paix, de préserver l’intégrité territoriale et de renforcer la cohésion nationale.
Si le dialogue national devient effectivement la nouvelle orientation des autorités, l’histoire retiendra que la CENCO et l’ECC avaient, bien avant ce changement de cap, plaidé avec constance pour cette voie. La véritable question n’est donc plus de savoir qui avait raison ou tort, mais si cette nouvelle dynamique permettra enfin d’apporter des réponses concrètes aux attentes du peuple congolais.
KIM’S