Le président du Camp pour la Nation (CN), Moïse Moni Della, a appelé, lors d’un point de presse tenu à Kinshasa, à un dialogue national inclusif afin de préserver l’unité de la République démocratique du Congo, qu’il estime menacée par les tensions politiques, la guerre dans l’Est et les débats autour d’une éventuelle révision constitutionnelle. Pour cette plateforme, seule une démarche consensuelle permettrait d’éviter une aggravation de la crise et de consolider les institutions de la République.
Face à la presse, Moïse Moni Della a dressé un tableau préoccupant de la situation politique congolaise. S’appuyant sur l’histoire de plusieurs États disparus, notamment l’ex-Yougoslavie, il a mis en garde contre les risques d’un éclatement territorial si les acteurs politiques persistent dans une logique de confrontation.
« Il y a 74 ans, notre équipe nationale affrontait des pays qui n’existent plus aujourd’hui. Si nous n’y prenons garde, la République démocratique du Congo pourrait connaître un destin similaire », a-t-il averti, estimant que les discours et stratégies actuellement portés par les différentes familles politiques convergent, malgré leurs divergences apparentes, vers un même risque : celui de la désintégration de l’État.
Pour le Camp pour la Nation, la Constitution du 18 février 2006 demeure le compromis politique et historique ayant fondé la Troisième République. La plateforme considère que ce texte, adopté à l’issue d’un long processus de dialogue entre les forces vives de la nation, constitue encore aujourd’hui le socle de la stabilité institutionnelle. Elle juge ainsi inopportun que le débat politique se focalise principalement sur une réforme constitutionnelle alors que le pays demeure confronté à des défis sécuritaires, économiques et sociaux majeurs.
Moïse Moni Della a relevé que la majorité présidentielle défend l’idée d’une révision constitutionnelle pour répondre à certaines contraintes institutionnelles, tandis qu’une partie de l’opposition y voit une tentative de prolongation du mandat présidentiel au-delà des limites prévues par la Constitution. Selon lui, ces positions antagonistes alimentent davantage les tensions qu’elles ne favorisent la recherche de solutions durables.
La plateforme estime également que le contexte sécuritaire actuel, marqué par l’activisme de l’AFC/M23 et d’autres groupes armés dans l’Est du pays, ne se prête pas à des initiatives susceptibles d’accentuer les divisions nationales. Elle considère que la priorité devrait être accordée à la préservation de l’intégrité territoriale et au renforcement de la cohésion nationale.
Le Camp pour la Nation a ainsi réaffirmé son attachement au caractère indivisible de la République démocratique du Congo, rejetant toute perspective de « balkanisation », de « soudanisation » ou de toute autre forme de fragmentation du territoire national. Pour ses responsables, l’unité nationale doit demeurer au-dessus des intérêts partisans.
Dans cette perspective, la plateforme appelle le président de la République à privilégier l’apaisement du climat politique, notamment à travers des mesures de décrispation telles que la libération des prisonniers politiques et d’opinion, la fin des poursuites judiciaires jugées motivées par des considérations politiques, ainsi que le retour des acteurs politiques contraints à l’exil.
Le Camp pour la Nation invite également les forces politiques à respecter les institutions en place, tout en rappelant que celles-ci doivent elles-mêmes agir dans le strict respect de la Constitution. Se définissant comme une « opposition républicaine », la plateforme affirme qu’il est possible de contester les choix du pouvoir sans remettre en cause les fondements institutionnels de l’État.
S’agissant de la manifestation annoncée pour le 22 juillet 2026, Moïse Moni Della a exhorté les différentes parties à éviter toute confrontation susceptible de dégénérer en violences. Il a estimé que l’organisation simultanée de manifestations concurrentes pourrait créer les conditions d’un embrasement, dans un contexte déjà fragilisé par les conflits armés.
La plateforme a, par ailleurs, lancé un appel aux groupes armés, notamment à l’AFC/M23, afin qu’ils déposent les armes et rejoignent un processus de dialogue national. Selon elle, seule une concertation inclusive regroupant les institutions, la majorité, l’opposition, les groupes armés ainsi que les confessions religieuses permettrait de dégager un consensus sur les grandes questions qui divisent aujourd’hui le pays.
Pour Moïse Moni Della, le dialogue ne constitue ni un signe de faiblesse ni une remise en cause de la démocratie. Il représente, au contraire, un mécanisme permanent de résolution des crises, indispensable pour restaurer la paix, renforcer les institutions, préparer des élections apaisées, répondre à la crise humanitaire et préserver durablement l’unité de la République démocratique du Congo.
Christian La Grace LIOLYA