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RDC : Kagame, l’indispensable partenaire? (Tribune de Christophe Rigaud)

Deux rencontres en moins de 24 heures et une visite (rare) du président rwandais en territoire congolais… Les présidents Félix Tshisekedi et Paul Kagame n’ont pas lésiné sur la symbolique pour afficher les nouvelles relations rwando-congolaises. C’est d’abord à Gisenyi, au Rwanda, que les deux chefs d’Etats ont entamé leur lune de miel. Au menu de la rencontre : l’évolution des dégâts de l’éruption du volcan Nyiragongo le 22 mai dernier. Les deux pays ont annoncé vouloir davantage collaborer dans la prévention des catastrophes naturelles. Le lendemain, c’est Paul Kagame qui a franchi la frontière pour se rendre à Goma et sur le site de Kibati, fortement touché par l’éruption.

La carte rwandaise

Mais au-delà de la catastrophe qui a frappé la région, les discussions entre Félix Tshisekedi et Paul Kagame ont porté sur deux sujets sensibles au Congo : l’insécurité à l’Est et les relations économiques avec son voisin. Dans ces deux domaines, le président congolais, acculé par la hausse de la violence dans les Kivu et en Ituri et par la crise économique, n’a d’autres choix que de jouer la carte rwandaise. Une partie de la forte insécurité à l’Est trouve ses racines dans les pays voisins de la RDC : Ouganda, Rwanda, Burundi. Et depuis plus de 20 ans, l’armée congolaise n’a jamais réussi à endiguer le cycle de la violence. Le président Tshisekedi cherche donc un allié militaire de poids dans la zone pour trouver une solution. Mais aussi un allié politique.

Soutien militaire

Depuis bientôt deux mois, le Nord-Kivu et l’Ituri se trouvent en état de siège. Les militaires ont pris le relai sur les institutions politiques pour « optimiser » (selon la présidence) la lutte contre la centaine de groupes armés qui pullulent dans la région. Pour l’instant, le bilan est bien maigre. La violence n’a pas diminué, et ce dimanche matin, une bombe artisanale a même explosé dans une église de Beni. Une première au Congo, qui n’augure rien de bon sur la nouvelle tournure que semble prendre l’affrontement entre les rébellions et l’armée régulière. Pour « booster » les offensives des FARDC contre les groupes armés, Félix Tshisekedi espère bien trouver un soutien chez son voisin rwandais.

Profiter du dynamisme de l’Est

Sur le front économique, le chef de l’Etat congolais compte également réactiver les partenariats avec le Rwanda. Pour des relations commerciales plus « fluides », Tshisekedi et Kagame ont signé trois accords sur la promotion des investissements, la lutte contre l’évasion fiscale et la coopération aurifère. Là encore, Félix Tshisekedi espère bien surfer sur le dynamisme de l’Est du continent pour en faire profiter l’économie congolaise qui tourne au ralenti depuis la crise du Covid. C’est pour cette raison que le président congolais a continué d’avancer ses pions pour intégrer la Communauté des Etats d’Afrique de l’Est (EAC).

Un passé qui ne passe pas

Mais ces rapprochements successifs avec le turbulent voisin rwandais ne sont pas du goût de tous les Congolais. Les tensions sont toujours grandes entre la RDC et le Rwanda. Le Congo a connu deux guerres entre 1996-1997 et 1998-2003, qui ont déstabilisé en profondeur les Kivu, à la frontalière du Rwanda. Un conflit qui a impliqué les armées de plusieurs pays voisins, en particulier le Rwanda et l’Ouganda. Et puis, il y a le fameux rapport Mapping, qui accuse des acteurs congolais, rwandais et ougandais d’être responsables de crimes graves en RDC entre 1993 et 2003. La méfiance est donc toujours grande envers Kigali, qui est toujours accusée de vouloir déstabiliser l’Est du Congo afin de profiter des ressources naturelles de la région.

Guerre sans fin

Récemment, l’armée rwandaise était accusée par de nombreux hommes politiques congolais d’opérer secrètement dans les Kivu. Une allégation démentie par Kigali et Kinshasa, mais que des rapports de l’ONU tendent à confirmer. La collusion entre l’armée congolaise, l’armée rwandaise et certains groupes rebelles, ont fait de l’Est du pays une zone de conflit dont les populations ne voient pas la fin.

Un bilan à défendre en 2023

Pourtant, il semble bien que la solution pour retrouver les chemins de la paix au Congo passe bien par Kigali, Kampala et Bujumbura. Une solution qui doit certes être militaire, mais surtout politique, afin d’éviter le cycle sans fin des accords de paix non respectés et des démobilisations ratées. Félix Tshisekedi l’a bien compris. Pour afficher un bilan présentable à la présidentielle de 2023, où il devrait briguer un second mandat, le chef de l’Etat doit faire infléchir le cycle de la violence à l’Est et redonner un d’air à l’économie congolaise. Si tout ne viendra pas du Rwanda voisin, l’amorce de la solution s’y trouve sans doute.

Christophe Rigaud – Afrikarabia

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