Le Président de la République a annoncé, le 8 juin 2026, la création d’une Taskforce chargée de restaurer la fluidité, la sécurité et la dignité de la vie urbaine à Kinshasa. Placée sous son autorité directe et coordonnée par le lieutenant-général Jean-Pierre Kasongo Kabwik, commandant du Service National, cette nouvelle structure apparaît comme une réponse à la dégradation persistante du cadre de vie dans la capitale.
Mais derrière l’objectif affiché d’assainissement urbain, une autre question émerge : quelle place reste-t-il encore au gouverneur de la ville ?
Depuis son arrivée à la tête de Kinshasa, Daniel Bumba a bénéficié d’un soutien politique et financier rarement accordé à ses prédécesseurs. Pourtant, malgré cet accompagnement, les défis majeurs demeurent visibles : insalubrité chronique, occupation anarchique de l’espace public, embouteillages monstres, insécurité urbaine et faible présence de l’autorité publique dans plusieurs quartiers.
Face à ces difficultés, le pouvoir central semble avoir choisi une autre voie : reprendre progressivement la main sur certains dossiers stratégiques. Après plusieurs interventions directes du gouvernement central dans la gestion de la capitale, la création de cette Taskforce constitue un nouveau signal fort. En pratique, l’une des missions les plus visibles et les plus symboliques d’un exécutif urbain — l’assainissement de la ville — se retrouve désormais pilotée par une structure relevant directement de la Présidence de la République.
Cette situation donne aujourd’hui l’image d’une capitale administrée par deux centres de décision : d’un côté l’Hôtel de Ville, détenteur des compétences prévues par la loi ; de l’autre, des mécanismes spéciaux mandatés par le pouvoir central pour intervenir sur des questions essentielles de gestion urbaine.

Plus préoccupant encore demeure le silence de l’Assemblée provinciale de Kinshasa. Institution chargée du contrôle de l’action gouvernementale provinciale, elle apparaît largement absente du débat public alors même que la ville traverse des difficultés majeures touchant directement le quotidien de millions d’habitants. Rarement les Kinois auront entendu leur Assemblée se saisir avec vigueur des questions liées à l’insalubrité, à la mobilité urbaine ou à la gouvernance de la capitale.
L’installation de cette Taskforce peut être interprétée de deux manières. Pour certains, elle traduit la volonté du Chef de l’État d’obtenir rapidement des résultats face à l’urgence de la situation. Pour d’autres, elle ressemble davantage à un constat d’échec des institutions provinciales, incapables de répondre efficacement aux attentes de la population.
Une question demeure désormais ouverte : si les principales missions de la ville sont progressivement reprises par des structures spéciales ou directement pilotées depuis le sommet de l’État, quel rôle restera-t-il demain aux institutions provinciales censées administrer Kinshasa ?
À travers cette évolution, c’est finalement toute la réflexion sur la gouvernance de la capitale qui est relancée : celle d’une ville de plus de quinze millions d’habitants qui cherche encore le juste équilibre entre autonomie provinciale et intervention du pouvoir central.
CHRISTIAN LA GRACE LIOLYA