Révision constitutionnelle en RDC : l’Église a-t-elle choisi son camp ?

24 heures ont suffi pour l’Église du Christ au Congo (ECC) de rendre publique leur position après avoir opté pour la voie de l’écoute et du discernement en auditionnant vendredi 06 juin les figures de proue des camps favorables et opposés à la révision ou au changement de la Loi fondamentale congolaise dont le débat résonnent déjà au cœur de la République.

« Pas de révision constitutionnelle sans dialogue national inclusif ». Cette position de l’Église du Christ au Congo (ECC) rendue public samedi 07 juin, qui serait soutenue par la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), suscite d’ores-et-déjà des interrogations au sein de l’opinion publique. Cette prise de position intervient dans un contexte politique particulièrement sensible, marqué par des tensions autour des réformes institutionnelles, mais aussi par la persistance de l’insécurité dans l’Est du pays.

En démocratie, il est légitime que les confessions religieuses participent au débat national. Leur rôle historique dans la recherche de la paix, de la cohésion sociale et de la stabilité politique est reconnu. Cependant, lorsque leurs prises de position semblent coïncider avec celles d’une partie des acteurs politiques ou militaires, elles s’exposent inévitablement à la critique et à la suspicion.

Depuis plusieurs mois, l’ECC et la CENCO défendent l’idée d’un dialogue national inclusif comme préalable à toute réforme majeure. Une démarche qui, sur le principe, peut être perçue comme une recherche de consensus. Mais dans le contexte actuel, certains observateurs estiment que cette exigence risque de conditionner le fonctionnement normal des institutions à des négociations permanentes avec des acteurs dont certains contestent l’ordre républicain par les armes.

La question qui se pose est donc simple : l’Église reste-t-elle dans son rôle de médiatrice ou glisse-t-elle progressivement vers celui d’acteur politique aux antipodes ?

Cette interrogation prend davantage de poids depuis les initiatives entreprises par certaines délégations religieuses dans les zones contrôlées par les rebelles du M23. Même si ces démarches ont été présentées comme des actions de paix et de rapprochement, elles ont alimenté dans une partie de l’opinion l’idée d’une proximité, ou à tout le moins d’une certaine complaisance, avec des groupes qui combattent l’État congolais.

Il convient toutefois de rester prudent. Aller rencontrer des acteurs armés ne signifie pas automatiquement adhérer à leur cause. Dans plusieurs conflits à travers le monde, les médiateurs religieux ont souvent été amenés à dialoguer avec toutes les parties pour favoriser une sortie de crise. Mais cette neutralité doit être visible, assumée et comprise par l’ensemble des citoyens. Lorsqu’elle ne l’est pas, le doute s’installe.

C’est précisément là que se trouve le défi de l’ECC et de la CENCO aujourd’hui. En conditionnant toute réforme constitutionnelle à un dialogue inclusif, elles donnent l’impression de rejoindre les revendications de l’opposition politique et de certains groupes armés qui plaident également pour une refonte du cadre politique avant toute évolution institutionnelle. Même si telle n’est pas leur intention, la perception publique devient un élément central du débat.

L’Église a toujours été considérée comme une institution morale appelée à demeurer au-dessus des clivages. Sa force réside dans sa capacité à parler à tous sans être identifiée à aucun camp. Lorsqu’elle paraît s’aligner, même indirectement, sur une position défendue par une partie des acteurs politiques, elle risque d’affaiblir son autorité morale et sa crédibilité auprès de ceux qui ne partagent pas cette vision.

La véritable question n’est donc pas de savoir si l’Église a le droit de s’exprimer. Ce droit est incontestable. La question est plutôt de savoir comment elle peut continuer à jouer son rôle de conscience de la nation sans donner l’impression d’être devenue un acteur du jeu politique.

Dans une RDC confrontée à des défis sécuritaires majeurs et à une crise de confiance entre les institutions et les citoyens, l’Église est attendue comme un pont et non comme une partie prenante du conflit. Son influence demeure immense, mais cette influence repose avant tout sur son impartialité.

Car dès lors que le médiateur semble choisir un camp, même involontairement, il cesse d’être perçu comme le gardien du milieu du village et devient un acteur parmi les autres dans l’arène politique congolaise. C’est là tout l’enjeu du débat que soulève aujourd’hui la position de l’ECC et de la CENCO sur la révision constitutionnelle.

L’analyse d’Édouard Tshiama Musasa || Journaliste et spécialiste en politique extérieure