A l’approche du 30 juin, des voix s’élèvent pour demander la reconnaissance officielle de Bruno Bukasa Mbanvu Sebangila, présenté comme l’un des derniers témoins vivants de la lutte pour l’indépendance de la RDC.

30 juin, date commémorative de l’accession de la République démocratique du Congo à l’indépendance, la Nation se prépare une fois de plus à célébrer ses héros, ses martyrs et les artisans de sa souveraineté. Pourtant, au milieu des discours officiels, des cérémonies et des décorations, une question mérite d’être posée : que faisons-nous de ceux qui sont encore vivants et qui ont contribué à écrire cette histoire ?

Parmi eux figure Bruno Bukasa Mbanvu Sebangila Élie, présenté par ses proches comme l’un des derniers survivants de la génération ayant accompagné le combat politique qui conduisit le Congo à l’indépendance.

Selon les témoignages de sa famille et de ses compagnons de route, Bruno Bukasa Mbanvu Sebangila a participé à la Table ronde politique de Bruxelles aux côtés des figures majeures du mouvement indépendantiste congolais, notamment Patrice Emery Lumumba. À l’époque jeune étudiant engagé, il aurait pris une part active aux débats qui ont préparé l’accession du Congo à la souveraineté nationale.
Son parcours politique se serait poursuivi après l’indépendance. Il aurait exercé des responsabilités administratives importantes dans l’ancien Grand Kasaï, avant d’occuper des fonctions de mobilisation politique sous le régime du parti unique.
Aujourd’hui, pourtant, cet homme vit dans une relative discrétion à Kinshasa, sans avoir bénéficié de la reconnaissance nationale que beaucoup estiment méritée au regard de son engagement historique.
Une mémoire nationale à préserver
Le devoir de mémoire ne consiste pas seulement à célébrer les disparus. Il consiste également à reconnaître les témoins vivants de notre histoire collective. Chaque année, la République honore des personnalités à titre posthume. Cette démarche est légitime. Mais lorsque des pionniers sont encore parmi nous, la reconnaissance prend une dimension plus forte encore : celle de la gratitude exprimée de leur vivant.
A travers Bruno Bukasa Mbambwu Sebangila, c’est toute une génération qui mérite d’être écoutée, documentée et honorée. Les jeunes Congolais ont besoin de connaître ces parcours, de recueillir ces récits et de préserver cette mémoire avant qu’elle ne disparaisse à jamais.
Une interpellation aux autorités
À quelques jours de la fête de l’indépendance, nous lançons un appel respectueux au Président de la République, au Gouvernement, au Parlement ainsi qu’aux institutions chargées de la mémoire nationale.
➡️ Pourquoi ne pas entreprendre les vérifications historiques nécessaires concernant le parcours de Bruno Bukasa Mbambwu Sebangila ?
➡️ Pourquoi ne pas lui rendre visite officiellement ?
➡️ Pourquoi ne pas recueillir son témoignage dans le cadre des archives nationales ?
➡️ Pourquoi ne pas envisager, si les faits sont établis, une distinction honorifique ou une reconnaissance officielle de la Nation ?
Une République forte est celle qui sait reconnaître ses bâtisseurs. Les honneurs rendus aux pionniers de l’indépendance ne constituent pas un privilège ; ils sont un devoir de mémoire et un acte de justice historique.
Le temps presse
Chaque année qui passe emporte avec elle des témoins irremplaçables de notre histoire. Le Congo ne devrait pas attendre qu’ils disparaissent pour se souvenir d’eux.
À l’occasion du 30 juin prochain, il serait noble que la République démocratique du Congo pose un geste en faveur de ceux qui ont contribué à son émergence. Parmi eux, Bruno Bukasa Mbanvu Sebangila Élie mérite que son parcours soit examiné avec attention et que la Nation lui témoigne, le cas échéant, la reconnaissance qu’elle doit à ses fils engagés.
Le devoir de mémoire commence aujourd’hui, tant qu’il est encore temps.
Édouard Tshiama Musasa || Journaliste et chercheur en Relations internationales