A mesure que se multiplient les appels à la démission du Président Félix Tshisekedi, une question revient avec insistance dans l’opinion : l’opposition poursuit-elle un combat démocratique classique ou s’engage-t-elle dans une logique d’affaiblissement des institutions républicaines ? Une interrogation qui mérite d’être posée au regard du contexte politique actuel.
La scène politique congolaise est marquée ces dernières semaines par une montée de la tension entre le pouvoir et une partie de l’opposition réunie au sein de la coalition C64. Après les appels à la ville morte, les sit-in, les actions judiciaires et les manifestations projetées, le mot d’ordre reste le même : obtenir le départ du Président Félix Tshisekedi. Pourtant, ce dernier poursuit un mandat issu des urnes et dont l’échéance constitutionnelle n’est pas encore atteinte.
Cette situation soulève une interrogation légitime : quelle est la finalité réelle de cette mobilisation permanente ? Dans une démocratie, l’opposition a naturellement le droit de contester, de critiquer et de proposer une alternative. C’est même l’essence du pluralisme politique. Mais lorsque la contestation se focalise essentiellement sur la remise en cause des institutions et de leur fonctionnement, le débat sur les intentions devient inévitable.
À force de cibler la Présidence de la République, le Parlement, les initiatives législatives et les principales institutions du pays, certains observateurs s’interrogent sur l’objectif poursuivi. S’agit-il d’une démarche destinée à améliorer la gouvernance ou d’une stratégie visant à fragiliser les centres de décision afin de créer un rapport de force favorable à des ambitions politiques futures ? La question mérite d’être posée sans détour.
La démocratie ne se limite pas à la conquête du pouvoir. Elle repose également sur le respect des règles du jeu établies par la Constitution. Exiger le départ d’un chef de l’État encore en fonction et dont le mandat court légalement pose un problème de cohérence politique. Si chaque camp devait remettre en cause les institutions lorsqu’elles ne servent pas ses intérêts immédiats, c’est tout l’édifice républicain qui finirait par vaciller.
Pendant ce temps, les véritables préoccupations de la population demeurent. L’insécurité persistante dans l’Est du pays, le chômage, la pauvreté, l’accès aux services sociaux de base et les défis économiques exigent des réponses urgentes. Les Congolais attendent de leur classe politique des solutions concrètes plutôt qu’une succession de confrontations dont les bénéfices pour le citoyen restent difficilement perceptibles.
L’opposition a le devoir de jouer pleinement son rôle de contre-pouvoir. Mais ce rôle gagne en crédibilité lorsqu’il privilégie la force des idées à celle de la pression permanente sur les institutions. À vouloir transformer chaque débat politique en crise institutionnelle, le risque est grand d’alimenter la méfiance, de fragiliser la stabilité nationale et de détourner l’attention des enjeux prioritaires.
L’histoire enseigne que les nations se construisent par le renforcement de leurs institutions et non par leur affaiblissement. La RDC a besoin d’une opposition forte, responsable et porteuse d’alternatives crédibles. Elle a surtout besoin d’acteurs politiques capables de placer l’intérêt national au-dessus des calculs partisans. Car la conquête du pouvoir ne peut être une fin en soi ; elle doit avant tout servir le bien-être du peuple congolais.
Analyse d’Édouard TM